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CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE
ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE
ANNEE DE LA VIE CONSACREE

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(SCRUTEZ… OBSERVEZ ATTENTIVEMENT)

 

Aux consacrés et consacrées
en quête des signes de Dieu,
«Toujours en route,
avec cette vertu qui est
celle du pèlerin : la JOIE»
Pape FRANÇOIS 2

Chers frères et soeurs,

Poursuivons dans la joie le chemin de l’Année de la vie consacrée, afin que notre cheminement soit déjà un temps de conversion et de grâce. Par la parole et par sa vie même, le Pape François continue à nous montrer la joie et la fécondité qu’apporte une vie vécue selon l’Evangile et en même temps nous invite à agir et à être « Eglise en sortie » selon une logique de liberté. 1
Il nous demande de laisser derrière nous « une Eglise mondaine qui se drape de spirituel ou de pastoral » et de respirer l’air pur de l’Esprit Saint qui nous évite de rester centrés sur nous-mêmes, cachés sous une apparence religieuse, vide de Dieu. Ne nous laissons pas dérober l’Evangile ! ». 2
La vie consacrée est un signe des biens à venir dans la cité humaine, en exode le long des sentiers de l’histoire. Elle accepte de se mesurer à des certitudes provisoires, des situations nouvelles, des provocations, en un processus continu avec les insistances et les passions que lance l’humanité contemporaine. Dans une telle attitude de vigilance elle garantit la recherche du visage de Dieu, vit la ‘’sequela ‘’ du Christ, se laisse guider par l’Esprit pour vivre dans l’amour du Royaume, dans une fidélité créative et une prompte action. L’identité des pèlerins et des orants in limine historiae lui appartient 1intimement.
Cette lettre veut donner à tous les consacrés et consacrées ce précieux héritage, les exhortant à demeurer, d’un coeur ferme, fidèles au Seigneur (cf. Ac 11, 23) et à persévérer dans ce chemin de grâce. Nous voulons lire ensemble en synthèse, les étapes accomplies durant ces cinquante dernières années. En ce travail de mémoire, le Concile Vatican II émerge comme un élément d’importance absolue pour le renouveau de la vie consacrée. L’invitation du Seigneur résonne pour nous : Arrêtez-vous sur les routes et voyez, renseignez-vous sur les chemins de jadis, quelle était la voie du bien ? Suivez-la et vous trouverez le repos pour vos âmes (Jér. 6,16).
A ce stade, chacun peut reconnaître les semences de vie qui, déposées dans un coeur bon et généreux (Lc 8,15) ont été fécondées ou celles qui, le long des routes, sur les pierres ou parmi les ronces, n’ont pas donné de fruits (cf Lc 8, 12-14)
S’ouvre alors la possibilité de poursuivre le chemin avec courage et vigilance pour oser des choix qui honorent le caractère prophétique de notre identité mode spécial de participation à la fonction prophétique du Christ, communiquée par l’Esprit à tout le Peuple de Dieu3 afin que soit manifestée aujourd’hui « la grandeur prééminente de la grâce victorieuse du Christ et l’infinie puissance de l’Esprit Saint qui opère dans l’Eglise » 4
Scruter les horizons de notre vie et de notre temps, par une attention vigilante. Scruter la nuit pour découvrir le feu qui illumine et guide, scruter le ciel pour reconnaître les signes porteurs de bénédictions sur notre pauvreté. Veiller avec vigilance et intercéder, fermes dans la foi.
Le temps est venu de donner raison à l’Esprit qui crée : « Dans notre vie personnelle, dans notre vie privée, le Pape François nous rappelle que l’Esprit nous pousse à prendre un chemin plus évangélique. Ne résiste pas à l’Esprit Saint : c’est cette grâce que je désirerais que nous demandions tous au Seigneur ; la docilité à l’Esprit Saint, à cet Esprit qui est en nous et qui nous fait avancer sur la route de la sainteté, cette sainteté si belle de l’Eglise. La grâce de la docilité à l’Esprit Saint».5 3

Cette lettre trouve sa raison d’être dans l’histoire de la grâce abondante vécue dans l’Eglise par les consacrés et consacrées tandis que, en toute franchise, elle invite au discernement. Le Seigneur est vivant et agissant en notre histoire et il nous appelle à la collaboration et au discernement choral, pour de nouvelles manifestations d’un prophétisme au service de l’Eglise, en vue du Règne qui vient.
Revêtons-nous à nouveau des armes de la lumière, de la liberté et du courage de l’Evangile, pour scruter l’horizon, y reconnaître les signes de Dieu et leur obéir. Par une option évangélique audacieuse ?, osez, à la manière de l’humble et du petit. 4

En exode obéissant
Aussi longtemps que durèrent leurs marches,
quand la nuée s'élevait de dessus le tabernacle, les enfants d'Israël partaient
Et quand la nuée ne s'élevait pas, ils ne partaient pas, jusqu'à ce qu'elle s'élevât. La nuée de l'Eternel était de jour sur le tabernacle; et de nuit, il y avait un feu,
aux yeux de toute la maison d'Israël, pendant toutes leurs marches.
(Exode 40, 36-38) 5

A L’ECOUTE
2. Une vie de foi n’est pas uniquement quelque chose que l’on possède, mais un chemin qui connaît des passages lumineux et des tunnels obscurs, des horizons ouverts et des sentiers tortueux et incertains. Selon l’Ecriture, du mystérieux abaissement de Dieu dans notre vie et dans notre histoire, naissent la stupeur et la joie, don de Dieu qui donne à la vie sens et lumière et trouve sa plénitude dans le salut messianique réalisé dans le Christ
Avant de focaliser notre attention sur l’événement conciliaire et ses effets, laissons-nous guider par une icône biblique pour faire une mémoire vivante et reconnaissante du kairos postconciliaire, pour ses valeurs inspiratrices.
La grande épopée du peuple élu, de l’esclavage d’Egypte à la Terre promise, devient une icône suggestive qui réclame notre moderne stop and go, la pause et la remise en route, la patience et l’initiative. Ces dernières décennies ont vraiment été une période de hauts et de bas, d’élans et de désillusions, de recherches et d’introspections nostalgiques.
La tradition interprétative de la vie spirituelle, aux formes variées étroitement unies à celle de la vie consacrée, a souvent découvert dans le grand paradigme de l’exode du peuple d’Israël de l’Egypte, des symboles et métaphores suggestives : le buisson ardent, le passage de la mer, la marche dans le désert, la théophanie sur le Sinaï, la peur de la solitude, le don de la loi et de l’alliance, la colonne de nuée et de feu, la manne, l’eau du rocher, les murmures et la nostalgie.
Reprenons le symbole de la nuée (en hébreu ãnãn)6 qui guidait mystérieusement le chemin du peuple, le faisait tantôt s’arrêter, et parfois longuement, et suscitant ainsi du malaise et des regrets, mais aussi se levant et se déplaçant, imprimant ainsi le rythme de la marche, sous la conduite de Dieu.
Mettons-nous à l’écoute de la Parole : Tout au long de leur voyage, quand la nuée s'élevait de dessus le tabernacle, les Israélites levaient le camp(37). Et quand la nuée ne s'élevait pas, ils ne partaient pas, jusqu'à ce qu'elle s'élevât. Car la nuée de l'Eternel était de jour sur le tabernacle; et de nuit, il y avait un feu, aux yeux de toute la maison d'Israël, pendant toutes leurs marches. (Ex. 40, 36-38)
Le texte des Nombres (cf. 9,15-23) apporte quelque chose d’intéressant et de nouveau, en particulier en ce qui concerne les arrêts et les remises en marche. « Que ce fût deux jours, un mois, ou plus encore, tant que la nuée s’attardait sur la Demeure – elle demeurait au-dessus d’elle – les fils d’Israël campaient et ne levaient pas le camp ; mais dès qu’elle s’élevait, ils levaient le camp. » (Nb 9,22) 6

Il apparaît évident que ce style de présence et de conduite, de la part de Dieu exigeait une vigilance continue : soit pour répondre à l’imprévisible mouvement de la nuée, soit pour garder foi en la présence protectrice de Dieu, quand les stations devenaient longues et que le but semblait renvoyé sine die. Dans le langage symbolique du conte biblique, cette nuée, c’était l’ange de Dieu, comme l’affirme le livre de l’Exode (Ex 14,19).
Et dans l’interprétation suivante, la nuée devient un symbole privilégié de la bonté et de la fidélité active de Dieu. De fait, les traditions prophétique, psalmique et sapientiale reprendront souvent ce symbole, développant aussi d’autres aspects, par exemple le fait que Dieu se dérobe à cause de la faute du peuple (Lam, 3,44), ou la majesté du trône de Dieu (Cf. II Chron 6,1 ; Jb 26,9).
Le Nouveau Testament, dans un langage analogue, reprend parfois ce symbole dans les théophanies : la conception virginale de Jésus (Lc 1,35), la Transfiguration (Mt 17,1-8) l’Ascension de Jésus au ciel (Act 1, 9). Paul utilise aussi la nuée comme symbole du baptême (1 Cor 10,1) et la symbolique de la nuée fait toujours partie de l’imaginaire, pour décrire le retour glorieux du Seigneur à la fin des temps (Mt 24,30 ; 26,64 ; Ap 1,7 ; 14, 14)
En résumé, l’aspect dominant, déjà dans la symbolique typique de l’exode, est celui de la nuée comme signe du message divin, présence active du Seigneur Dieu au milieu de son peuple. Israël devra toujours être prêt à poursuivre le chemin si la nuée se levait, à reconnaître sa faute et à la rejeter, quand l’obscurité bouche son horizon, à prendre patience quand les temps d’arrêt se prolongent et que le but paraît inaccessible.
A la complexité des multiples récurrences bibliques du symbole de la nuée s’ajoutent aussi les valeurs de l’accessibilité de Dieu et de sa souveraineté qui, de là-haut, veille sur tout, de sa miséricorde qui écarte les nuées et descend pour redonner vie et espérance. L’amour et la connaissance de Dieu s’apprennent uniquement sur le chemin de la ‘’sequela’’ dans une disponibilité libérée de la peur et des nostalgies. A des siècles de distance de l’exode, presque proche de la venue du Rédempteur, le sage rappellera cette aventureuse épopée des Israélites guidés par la nuée et par le feu, dans une phrase lapidaire : Tu donnas aux tiens une colonne flamboyante, pour leur servir de guide en un voyage inconnu (Sg 18,3)
COMME GUIDES PAR LA NUEE
3. La nuée de lumière et de feu qui guidait le peuple, selon des rythmes qui exigeaient totale obéissance et pleine vigilance, est pour nous éloquente. Nous pouvons apercevoir comme en un miroir, un modèle à interpréter pour la vie consacrée de notre temps. La vie consacrée pendant quelques décennies, mue par l’impulsion charismatique du Concile, a cheminé comme si elle suivait les signes de la nuée du Seigneur. 7

Ceux qui ont eu la grâce de voir le début du chemin conciliaire, ont dans le coeur l’écho des paroles de Saint Jean XXIII (Gaudet Mater Ecclesia, le commencement du discours d’ouverture du concile (11 octobre 1965).7
Dans le signe de l’allégresse, de la joie profonde de l’Esprit, la vie consacrée a été est appelée à continuer, de manière neuve, le chemin de l’histoire : « En ce moment historique, la Providence est entrain de nous faire entrer dans un nouvel ordre de relations humaines qui par l’action même des hommes et plus encore par leurs intentions s’acheminent vers l’accomplissement des plans supérieurs et inattendus ; car tout, même les malheurs des hommes elle (la Providence) le dispose pour le plus grand bien de l’Eglise […] il faut cependant adhésion fidèle, soit approfondie et exposée selon ce que requiert notre temps. Une chose est, en fait, le dépôt de la Foi, c’est à dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, autre est la manière dont elles sont annoncées, mais toujours avec le même sens et la même acception. On donnera une grande importance à cette méthode et, si cela était nécessaire, il faudra l’appliquer avec patience […]».8
Saint Jean Paul II définit ainsi l’événement conciliaire « la grande grâce dont l’Eglise a bénéficié au XXème siècle : en elle lui est offerte une boussole pour s’orienter sur le chemin.9 Le Pape François a repris en disant : « il a été une belle oeuvre de l’Esprit Saint ».10 Nous pouvons l’affirmer aussi pour la vie consacrée : il a été un passage bénéfique d’illumination et de discernement, de fatigues et de grandes joies.
Celui des consacrés a été un vrai « chemin d’exode ».11 Temps d’enthousiasme et d’audace, de créativité et de fidélité créatrice, mais aussi de certaines fragilités, d’improvisations et de désillusions amères. Avec le regard rétrospectif d’aujourd’hui nous pouvons vraiment reconnaître qu’il y avait un feu dans la nuée (Ex 40,38), et que par des voies « inconnues » l’Esprit a conduit la vie et les projets des consacrés par les chemins du Royaume.
En ces dernières années, l’élan d’un tel cheminement semble avoir perdu de sa vigueur. La nuée paraît plutôt enveloppée d’obscurité que de feu, mais même là, le feu de l’Esprit vit encore. Même si parfois, nous pouvons encore marcher dans l’obscurité et dans la tiédeur qui risquent de troubler nos coeurs (cf Jn 14,1) la foi réveille la certitude que dans la nuée, la présence du Seigneur n’a jamais manqué : c’est l’éclat de feu flamboyant durant la nuit (Is 4,5) au-delà de l’obscurité.
Il s’agit de repartir dans la foi, pour un voyage inconnu (Sg 18,3) comme le père Abraham, qui partit sans savoir où il allait (cf Hb, 11,8). C’est un chemin qui requiert une obéissance et une confiance radicales, que seule la foi permet d’atteindre et que dans la foi seule, il est possible de renouveler et de consolider.12
SOUVENIR VIVANT DE L’EXODE
4. Il n’y a pas de doute, qu’au terme des assises conciliaires, les consacrés ont accueilli les délibérations des Pères conciliaires, dans une large adhésion et une ferveur sincère. On pouvait percevoir que la grâce de l’Esprit Saint, sollicitée par Saint Jean XXIII pour obtenir à l’Eglise une nouvelle Pentecôte, était en acte. En même temps, on percevait une 8

syntonie des pensées, des aspirations, des ferments qui couvaient depuis au moins une dizaine d’années.
La Constitution apostolique Provida Mater Ecclesia (1947) reconnaissait les consacrés vivant les conseils évangéliques dans le monde. Un « geste révolutionnaire dans l’Eglise ».13
La reconnaissance officielle arriva avant que la réflexion théologique ne définisse l’horizon spécifique de la consécration séculière. A travers cette reconnaissance s’exprimait en quelque sorte, l’expression d’une orientation qui se trouverait au coeur de Vatican II : la sympathie pour le monde qui suscite un dialogue nouveau.14
En 1950, ce Dicastère, sous les auspices de Pie XII, convoque le premier Congrès Mondial des Etats de perfection. Les enseignements pontificaux ouvrent la voie pour une rénovation adaptée, expression que le Concile fait sienne dans le Décret Perfectae caritatis. A ce congrès, d’autres suivront en des contextes et sur des thèmes divers, ce qui, dans les années cinquante et au début de la décennie suivante, permettra une nouvelle réflexion théologique et spirituelle. Sur ce terrain si bien préparé, l’assemblée conciliaire a répandu à profusion le bon grain de la doctrine et la richesse des orientations concrètes que nous pratiquons encore aujourd’hui, comme un précieux héritage.
Nous sommes à plus de cinquante ans de la promulgation de la Constitution dogmatique Lumen gentium du Concile Vatican II, du 21 novembre 1964. Un rappel de haute valeur théologique et ecclésiale. « L’Eglise entière apparaît comme le peuple rassemblé dans l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ».15
On y reconnaît la place centrale du peuple de Dieu au milieu des hommes, sauvé par le sang du Christ (cf. Ac 20,28) rempli de l’Esprit de vérité et de sainteté et envoyé à tous les hommes, comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5,13-16).16
Ainsi se dessine une identité solidement fondée sur le Christ et son Esprit, et en même temps, une Eglise tournée vers toutes les situations culturelles, sociales et anthropologiques : « Devant s’étendre sur toute la terre, l’Eglise entre par conséquent dans l’histoire des hommes, si bien que, en même temps, elle surpasse les temps et les confins des peuples. Cheminant donc au milieu des tentations et des tribulations, elle est soutenue par la force de la grâce de Dieu qui lui a été promise afin qu’elle ne défaille pas, qu’elle ne tombe pas dans l’infidélité, mais demeure la digne épouse de son Seigneur et, avec l’aide de l’Esprit Saint, ne cesse de se renouveler, jusqu’à ce que par la Croix, elle parvienne à la lumière qui n’aura pas de crépuscule.17
Le chapitre VI de Lumen gentium est entièrement consacré aux religieux. 18 Après avoir affirmé le principe théologique de la « vocation universelle à la sainteté »,19 l’Eglise reconnaît parmi les multiples chemins vers la sainteté, celui du don de la vie consacrée, reçu du Seigneur et gardé en tous les temps, par sa grâce.20
Dans l’enseignement de Paul VI, la racine baptismale de la consécration est mise en évidence, avec joie, tandis qu’il indique le style de vie que requiert la Sequela Christi comme représentation permanente et efficace de la forme de vie que le Fils de Dieu a embrassé durant son existence terrestre. Enfin, la vie consacrée est montrée comme un 9

signe pour le Peuple de Dieu, dans l’accomplissement de la commune vocation chrétienne, la manifestation de la grâce du Seigneur Ressuscité et de la puissance de l’Esprit Saint qui agit merveilleusement dans l’Eglise. 21
Au fil des ans, ces affirmations ont démontré une efficacité vigoureuse. Un changement dont on peut aujourd’hui encore goûter les fruits et l’accroissement du sens de l’Eglise qui précise l’identité des consacrés et anime leur vie et leurs oeuvres. Pour la première fois, dans les travaux d’un Concile oecuménique, la vie consacrée a été identifiée comme partie vivante et féconde de la vie de communion et de sainteté de l’Eglise et non comme une élaboration laborieuse de « décrets et de réformes ».
Une même démarche a aussi marqué le décret Perfectae caritatis dont nous nous préparons à célébrer le cinquantenaire de la promulgation advenue le 28 octobre 1965.
Dans celui-ci résonne d’une seule voix, la radicalité de l’appel : « Puisque la norme ultime de la vie consacrée est la sequela du Christ, comme l’enseigne l’Evangile, elle doit être considérée par tous les instituts, comme la règle suprême ».22
Cela semble une affirmation évidente et générale, de fait elle a provoqué une purification radicale de la spiritualité des dévotions et de l’identité repliée sur la priorité donnée aux services dans l’Eglise et dans la société, figée sur l’imitation sacralisées des propositions des fondateurs.
Rien ne peut passer avant la place centrale de la sequela radicale du Christ.
Le magistère conciliaire promeut entre autres, la reconnaissance de la variété de formes de vie consacrée. Les Instituts de vie apostolique voient reconnu, pour la première fois, à un niveau notoire, le principe selon lequel leur action apostolique appartient à la nature même de la vie consacrée.23 La vie consacrée laïcale établie et reconnue constitue en soi un état complet de profession des conseils évangéliques ».24
Les Instituts séculiers émergent avec leur spécificité constitutive de la consécration séculière.25 Ainsi se préparent la renaissance de l’Ordre des Vierges et de la vie érémitique comme des formes non associées, de vie consacrée.26 Les conseils évangéliques se présentent avec des accents nouveaux, comme un projet existentiel accepté, avec des modalités propres et avec une radicalité particulière dans l’imitation du Christ.27
Encore deux thèmes s’imposent par le langage nouveau utilisé pour les présenter : la vie fraternelle vécue en commun et la formation. La première retrouve en plein, l’inspiration biblique des Actes des Apôtres qui, pendant des siècles, a animé le désir du Cor unum et anima una (Ac 4,32)
La reconnaissance positive de la variété de modèles et de styles de vie fraternelle est l’un des succès les plus significatifs du souffle innovateur du Concile. En outre, en tenant compte du don commun de l’Esprit, le décret Perfectae caritatis pousse au dépassement des classes et catégories, pour établir des communautés de style fraternel aux obligations et aux droits égaux, à l’exception de ceux qui dérivent de l’Ordre sacré.28
La valeur et la nécessité de la formation sont posées comme fondement au renouveau. « Le renouvellement des Instituts dépend en grande partie de la formation de ses membres ».29 10

De par son importance, ce principe a fonctionné comme un axiome : de celui-ci s’est ouvert un itinéraire tenace explorateur d’expérience et de discernement dans lequel la vie consacrée a investi intuitions, études, recherche, temps et moyens.
JOIES ET FATIGUES DU CHEMIN
5. A partir des recommandations conciliaires, la vie consacrée a parcouru un long chemin. En vérité, l’exode n’a pas uniquement poussé à la recherche des horizons indiqués par le Concile. Les consacrés et consacrées se trouvent confrontés à une réalité sociale et culturelle inédite : l’attention aux signes des temps et des lieux, l’invitation pressante de l’Eglise à mettre en oeuvre le style conciliaire, la redécouverte et la réinterprétation du charisme de fondation, les rapides mutations au sein des sociétés et des cultures. Nouveaux scénarios qui demandent un discernement nouveau, en commun, rejetant les modèles et les styles usés au long du temps, incapables d’étonner, comme témoignage évangélique, face aux nouveaux défis et aux nouvelles opportunités.
Dans la constitution Humanae salutis par laquelle Saint Jean XXIII ouvrait l’assemblée conciliaire Vatican II, on peut lire : En écoutant les avertissements du Christ Seigneur qui nous exhorte à interpréter les signes des temps (Mt 16,3) parmi tant de brouillards ténébreux nous percevons beaucoup d’indices qui semblent offrir des présages d’une époque meilleure pour l’Eglise et pour l’humanité ».30
La lettre encyclique Pacem in terris adressée à tous les hommes de bonne volonté, introduisait comme clé théologique les « signes des temps ». Entre ceux-ci, Saint Jean XXIII reconnaît :La croissance économico-sociale des classes ouvrières, l’entrée des femmes dans la vie publique, la formation de nations indépendantes,31 la protection et la promotion des droits et des devoirs des citoyens conscients de leur propre dignité,32 la certitude que les conflits doivent trouver des solutions a travers la négociation, sans le recours aux armes.33
Parmi ces signes est incluse la Déclaration universelle des droits de l’homme approuvée par les Nations Unies.34
Les consacrés ont pris conscience de ces nouveaux horizons et les ont interprétés. Ils ont annoncé l’Evangile et en ont témoigné in primis, (tout d’abord) par leur vie, offrant aide et solidarité de toutes sortes, apportant leur collaboration en des tâches le plus diverses sous le signe de la proximité chrétienne, engagés dans le processus historique en marche. Loin de se limiter à se lamenter sur une époque révolue, ils ont cherché à vivifier le tissu social et leurs demandes par la « traditio » vivante de l’Eglise vérifiée au long des siècles, au fil de l’histoire, selon l’habitus de la foi et de l’espérance chrétienne.
La tâche qui se présente à la vie consacrée, à l’horizon du XXème siècle finissant, a exigé une audace et une créativité courageuse. C’est pourquoi un tel passage d’époque doit être évalué selon l’engagement prophétique qui l’a religieusement motivé : beaucoup de consacrés ont vécu, dans un engagement sérieux et souvent aussi avec un grand risque personnel, la nouvelle conscience évangélique de devoir se placer du côté des pauvres et des derniers, partageant avec eux leurs valeurs et leurs angoisses .35 11

La vie religieuse s’ouvre au renouveau, non par une initiative personnelle, ni par un simple désir de nouveauté, et encore moins par un repliement réducteur sur des urgences sociologiques. Mais, principalement par obéissance responsable, soit à l’Esprit créateur qui «parle par les prophètes » (Cf Credo apostolique)36, soit aux sollicitations du Magistère de l’Eglise exprimées fortement dans les grandes encycliques sociales : Pacem in terris (1963), Populorum progressio (1967) Octogesima adveniens (1971) Laborem exercens (1981) Caritas in veritate (2009). Il s’agissait - en reprenant l’icône de la nuée – d’une fidélité à la volonté de Dieu manifestée par la voix autorisée de l’Eglise.
La perception du charisme comme venu de l’Esprit et orienté vers la configuration au Christ, marqué par le profil ecclésial communautaire, dans une dynamique de développement en Eglise, a motivé toutes les décisions du renouveau et a progressivement donné forme à une vraie théologie du charisme, présentée, pour la première fois, d’une manière claire, à la vie consacrée.37 Le Concile n’a pas explicitement appliqué ce terme, à la vie consacrée mais lui a ouvert la voie en faisant référence à quelques témoignages pauliniens.38
Dans l’exhortation apostolique Evangelica testificatio, Paul VI adopte officiellement cette nouvelle terminologie,39 et écrit : « Le Concile insiste justement sur l’obligation faite aux religieux et religieuses, d’être fidèles à l’Esprit de leurs fondateurs, à leurs intuitions évangéliques, à l’exemple de leur sainteté, trouvant en cela un des principes de renouvellement en cours et un des critères les plus sûrs, pour ce que chaque institut doit éventuellement entreprendre ».40
Cette Congregation temoin d’un tel cheminement a accompagné les diverses phases de la révision des Constitutions de l’Institut. Ce fut un processus qui a ébranlé les équilibres d’une longue période, changé les pratiques obsolètes de la tradition, 41 tandis que, selon une nouvelle herméneutique, elle a relu les patrimoines spirituels et essayé de nouvelles structures, jusqu’à redéfinir les projets et les lieux de présence. En un tel renouvellement fidèle et créatif, fait en commun, ne peuvent être passés sous silence des discussions, des affrontements, des tensions et même des défections douloureuses.
L’Eglise n’a pas arrêté ce processus mais l’a accompagné par un enseignement précis et une sage vigilance, conjuguant outre le primat de la vie spirituelle, sept thèmes principaux : charisme fondateur, vie dans l’Esprit alimentée par la Parole (lectio divina) vie fraternelle en commun, formation initiale et permanente, nouvelles formes d’apostolat, autorité de gouvernement, attention aux cultures.
Durant ces cinquante dernières années, la vie religieuse s’est remise en cause et a avancé en acceptant ces défis. La référence à la lettre du Concile permet d’y « trouver l’authentique esprit » et éviter des interprétations erronées.42 Nous sommes appelés à faire ensemble mémoire d’un événement vivant dans lequel nous, Eglise, avons reconnu notre identité la plus profonde. Paul VI, lors de la clôture de Vatican II, affirmait avec un esprit et un coeur reconnaissant, : « L’Eglise s’est recueillie dans sa plus intime conscience spirituelle (…) pour retrouver en elle-même, vivante et agissante dans l’Esprit Saint la Parole du Christ et pour scruter plus profondément le mystère, c'est-à-dire le dessein et la présence de Dieu sur elle et en elle, et pour raviver en elle cette foi qui est le secret de 12

son assurance, de sa sagesse et cet amour qui l’oblige à chanter sans cesse les louanges de Dieu : cantare amantis est , dit Saint Augustin (Serm.336 ; PL 38,1472).
Les documents conciliaires, particulièrement ceux qui traitent de la Révélation divine, de la Liturgie, de l’Eglise, des Prêtres, des Religieux, des Laïcs, permettent de voir clairement cette directe et fondamentale intention religieuse. Ils démontrent combien la veine spirituelle est limpide, fraîche et riche, que le contact vivant avec le Dieu vivant fait surgir du sein de l’Eglise et par elle se diffuse sur les zones arides de notre terre».43
La même fidélité au Concile, en tant qu’événement ecclésial et comme paradigme, nous demande de savoir aujourd’hui nous projeter avec foi, sur le futur. Avons-nous, en nous, la vive certitude que Dieu guide toujours notre marche ?
Dans la richesse des paroles et des gestes, l’Eglise nous invite à lire notre vie personnelle et communautaire en référence au plan du salut, à savoir vers quelle direction nous orienter, quel futur envisager en continuité des avancées accomplies jusqu’à ce jour, elle nous invite à une redécouverte de l’unité de confessio laudis et vitae.
La memoria fidei offre des racines de continuité et de persévérance : une forte identité pour se reconnaître membre à part entière d’une histoire. La relecture, dans la foi, du chemin parcouru, ne s’arrête pas aux grands événements mais nous aide à relire notre histoire personnelle la divisant en étapes significatives
Dans une veille attentive 13

Elie monta au sommet du Carmel et, se penchant vers la terre,
mit son visage entre ses genoux…
« Voici un nuage,
petit comme une main d’homme,
qui monte de la mer »
(1R, 18,44)
A L’ECOUTE 14

6. Cherchons encore à nous éclairer par la symbolique biblique, à la source de l’inspiration pour le chemin du prophétisme et de la quête des nouveaux horizons de la vie consacrée que nous voulons maintenant considérer, en cette seconde partie.
En fait, la vie consacrée de par sa nature même, est intrinsèquement appelée à un service qui témoigne et qui la place comme signum in Ecclesia.44
Il s’agit d’une fonction qui appartient à tout chrétien, mais dans la vie consacrée, se caractérise par la radicalité de la sequela christi et par le primat de Dieu, et ensemble, par la capacité à vivre la mission évangélisatrice de l’Eglise avec parresia et créativité. Justement saint Jean Paul II a repris en disant que : « Le témoignage prophétique […]s’exprime aussi par la dénonciation de tout ce qui est contraire au vouloir divin et par la recherche de voies nouvelles pour mettre l’Evangile en actes dans l’histoire, en vue du Règne de Dieu.45
Dans la tradition patristique, le modèle biblique de référence pour la vie monastique est le prophète Elie, soit pour sa vie de solitude et d’ascèse, soit pour sa passion pour l’alliance et la fidélité à la loi du Seigneur, soit pour l’audace à défendre les droits des pauvres (Cf 1R, 17-19 ; 21). L’exhortation apostolique Vita consecrata l’a même rappelé, comme soutien de la nature et de la fonction prophétique de la vie consacrée 46.
Dans la tradition monastique, le manteau qu’Elie fait tomber symboliquement sur Elisée, au moment où il est élevé au ciel, (Cf 2R 2-13) est interprété comme le transfert de l’esprit prophétique du père au disciple, et aussi comme symbole de la vie consacrée dans l’Eglise qui vit d’histoire et de prophétie toujours nouvelles.
Elie le Tesbite, apparaît à l’improviste, sur la scène du royaume du Nord, avec cette menace péremptoire : «En ces années-là, il n'y aura ni rosée ni pluie, sinon à ma parole. (1R 17,1). Il manifeste ainsi une révolte de la conscience religieuse face à la décadence morale où le peuple est conduit par la toute puissance de la reine Jézabel et l’inertie du roi Achab. La sentence prophétique qui ferme volontairement le ciel est une révolte ouverte contre l’action spéciale de Baal et de la foule des baalîm auxquels on attribuait fécondité et fertilité, pluie et bien-être. A partir de là, se déroule l’action d’Elie en des épisodes qui, plus que des histoires racontées, présentent des moments dramatiques et de grande force inspiratrice (cf 1R 17-19.21 ; 2R 1-2)
En chaque passage, Elie vit in progress, sa mission prophétique, expérimentant des purifications et des illuminations qui caractérisent son profil biblique, jusqu’au sommet de la rencontre : le passage de Dieu dans la brise légère et silencieuse de l’Horeb. Ces expériences sont aussi inspiratrices pour la vie consacrée. Même si celle-ci doit passer du refuge solitaire et de la pénitence au wadi del Cherit (1R 17,2-7) à la rencontre solidaire des pauvres qui luttent pour la vie, comme la veuve de Sarepta (1R 17, 8-24) ; apprendre de l’audace géniale représentée par le défi du sacrifice sur le Carmel (1R 18, 20-39) et l’intercession pour le peuple anéanti par la sécheresse et la culture de mort (1R 18, 41-46) jusqu’à défendre les droits des pauvres piétinés par les puissants (1R 21) et mettre en garde contre les formes d’idolâtries qui profanent le saint nom de Dieu (2R 1).
Page dramatique que celle de la dépression mortelle d’Elie dans le désert de Bersaba (1R 19, 1-8) : mais là Dieu offrant le pain et l’eau de la vie, sait avec délicatesse, transformer la fugue, en pèlerinage vers le mont Horeb (1R 19,9). C’est un exemple pour nos nuits 15

obscures qui, comme pour Elie, précèdent la splendeur de la théophanie dans la brise légère (1R 19, 9-18) et préparent les nouvelles saisons de fidélité qui deviennent histoires d’appels nouveaux comme pour Elisée (1R 19, 19-21) mais aussi suscitent de l’audace pour intervenir contre la justice impie (cf. meurtre du paysan Nabot : 1R 21,17-29). Et enfin il nous touche par le salut affectueux à la communauté des fils des prophètes (2R 1-7) qui prépare au salut final, au-delà du Jourdain, vers le ciel, sur un char de feu (2R 2,8-13). Nous pourrions nous sentir attirés par les exploits retentissants d’Elie et par ses protestations furieuses, ses mises en accusation directes et ses audaces jusqu’à la victoire avec Dieu, sur l’Horeb, quand il en arrive à accuser le peuple d’avoir uniquement des projets destructeurs et menaçants. Mais pensons qu’en cet instant historique, quelques éléments mineurs peuvent nous parler davantage ; ce sont comme de petits signes qui orientent notre marche et nos choix d’une manière nouvelle, en ce temps d’aujourd’hui où les pas de Dieu semblent s’évanouir dans une désertification du sens religieux.47
Le texte biblique présente de nombreux symboles ‘’mineurs’’. Nous pouvons relever : la rareté des moyens de subsistance au torrent de Cherit où les corbeaux obéissent à Dieu, portant pain et viande au prophète, dans un geste de miséricorde et de solidarité. La générosité, au risque de sa vie, de la veuve de Sarepta qui a seulement ‘’une poignée de farine et un peu d’huile’’ (1R 17,12) et qui les donne au prophète affamé. L’impuissance d’Elie face à l’enfant mort et son doute exprimé en même temps que son embrassement désespéré que la veuve interprète, en mode théologique, comme la révélation du visage d’un Dieu compatissant. La longue lutte du prophète prosterné en intercession – après la bruyante et quelque peu théâtrale rencontre avec les prêtres de Baal sur le Carmel – demandant la pluie sur le peuple épuisé par la sécheresse. Dans un jeu d’équipe entre Elie et le jeune garçon qui monte et descend du sommet, et Dieu qui est le vrai maître de la pluie (et non Baal) advient finalement la réponse par un petit nuage, grand comme une main d’homme (1R 18, 41). Une réponse minime de Dieu, mais qui se change tout de suite en une grande pluie restauratrice pour le peuple alors à bout de force. De même, une réponse pauvre mais efficace se manifestera par ce petit pain et cette outre d’eau qui apparaissent à côté du prophète en dépression mortelle, dans le désert ; c’est un secours qui donne force pour marcher ‘’quarante jours et quarante nuits, jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb’’. Et là, au creux d’une caverne où Elie se réfugie, encore tremblant d’indignation contre le peuple destructeur et sacrilège qui menace aussi sa vie, il assistera à la destruction de son imaginaire de menace et de désir de puissance :
« Le Seigneur n’était pas … dans le vent impétueux, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans une voix subtile» (1R 19,12)48
Une page sublime pour la littérature mystique, une plongée verticale dans la réalité par toute la « colère sacrée » du prophète : il doit reconnaître la présence de Dieu au-delà de l’imaginaire traditionnel qui l’emprisonnait. Dieu est chuchotement et brise, il n’est pas le produit de notre besoin de sécurité et de succès, ‘’il ne laisse pas de traces visibles de ses pas’’ (Cf Ps 77,20) mais il est présent d’une manière vraie et réelle.
A cause de sa fureur et de ses émotions, Elie est sur le point de tout gâcher, s’imaginant qu’il est le seul à être resté fidèle. Alors que Dieu savait qu’il y avait encore sept mille témoins fidèles, prophètes et rois prêts à lui obéir (1R 19,15-19) car l’histoire de Dieu ne s’identifiait pas à l’échec du prophète déprimé et impétueux. L’histoire continue car elle est entre les mains de Dieu et Elie doit voir la réalité avec des yeux neufs, se laisser 16

régénérer dans l’espérance et la confiance de Dieu lui-même. Cette posture de repliement, là sur la montagne, pour demander la pluie, fait penser à un enfant récemment sorti du ventre de sa mère, sera aussi reprise symboliquement à l’Horeb, pour se cacher dans la caverne, et alors s’accomplit une nouvelle naissance du prophète pour marcher debout et régénéré, sur les sentiers mystérieux du Dieu vivant.
Au pied de la montagne, le peuple luttait encore contre une vie qui n’était plus une vie, une religiosité qui était profanation de l’alliance et nouvelle idolâtrie. Le prophète doit prendre sur lui cette lutte et ce désespoir, il doit ‘’revenir sur ses pas’’ (1R 19,15) qui maintenant doivent être uniquement ceux de Dieu, retraverser le désert qui désormais, revêt un sens nouveau, pour que triomphe la vie et que les nouveaux prophètes et chefs se mettent au service de la fidélité de l’alliance
LA PROPHETIE D’UNE VIE CONFORME A L’EVANGILE
7. Le temps de grâce que nous vivons avec l’insistance du Pape François à mettre au centre l’Evangile et l’essentiel de la vie chrétienne, est pour les consacrés et consacrées, un nouvel appel à la vigilance pour être attentifs aux signes de Dieu (cf Ab 2,1). Notre foi est mise au défi d’entrevoir le vin en lequel l’eau peut être transformée.49 Luttons contre les yeux tombant de sommeil (cf Lc 9,32) pour ne pas perdre l’habitude de discerner les mouvements de la nuée qui nous montre le chemin (cf Nb 9,17) et reconnaître dans les signes les plus petits et les plus fragiles, la présence du Seigneur de la vie et de l’espérance
Le Concile nous a livré une méthode : méthode de la réflexion qui se réalise dans le monde, dans l’histoire de l’humanité, dans l’Eglise et dans la vie chrétienne, à partir de la Parole de Dieu, un Dieu qui se révèle et qui est présent dans notre histoire.
Ceci est soutenu par une attitude : l’écoute qui s’ouvre au dialogue, enrichit le chemin vers la vérité. Revenir à la centralité du Christ et de la Parole de Dieu, comme le Concile 50 et le Magistère nous l’ont souvent et instamment rappelé, 51 de manière que bibliquement et théologiquement soutenu, il soit une garantie d’authenticité et de qualité, pour l’avenir de nos vies de consacrés et consacrées.
Une écoute qui transforme et fait devenir annonciateurs et témoins des intentions de Dieu dans notre histoire et de son action efficace pour le salut. Dans les nécessités d’aujourd’hui, tournons-nous vers l’Evangile, désaltérons-nous dans les Ecritures Sacrées dans lesquelles se trouve la « source pure et inépuisable de la vie spirituelle ».52
De fait, comme le disait si bien Saint Jean Paul II : «Il n’y a pas de doute que [le] primat de la sainteté et de la prière n’est concevable qu’à partir d’une écoute renouvelée de la Parole de Dieu ».53
Evangile, règle suprême
8. Une des caractéristiques du renouveau conciliaire pour la vie consacrée a été un retour radical à la sequela Christi : Dès les premiers temps de l’Eglise, il y eut des hommes et des femmes qui par la pratique des conseils évangéliques ont voulu suivre le Christ, avec 17

grande liberté et l’imiter de plus près ; ils ont alors mené, chacun à sa manière, une vie consacrée à Dieu.54
Suivre le Christ, comme le propose l’Evangile est « la norme ultime de la vie religieuse » et « la règle suprême »55 de tous les instituts. Un des premiers noms donnés à la vie monastique est ‘’vie évangélique’’. Les diverses expressions de vie consacrée témoignent de la même inspiration évangélique, à commencer par
Antoine, initiateur de la vie solitaire dans le désert. Son histoire commence par l’écoute de la parole du Christ : Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi (Mt 19,21)
Depuis Antoine jusqu’à nos jours, la tradition monastique fera de l’Ecriture sa propre règle de vie ; les premières Règles sont des normes pratiques sans aucune prétention dans les contenus spirituels, car la seule règle du moine c’est l’Ecriture, aucune autre règle n’est admise : « Ayons le souci de lire et d’apprendre l’Ecriture, - écrivait Orsieri, disciple et successeur de Pacôme – et de nous consacrer incessamment à les méditer (…) Ce sont les Ecritures qui nous guident à la vie éternelle ».56
Basile, le grand maître du monachisme d’Orient, quand il rédige l’Asceticon,57 destiné à devenir le manuel de vie monastique, refuse de l’appeler Règle. Son point de référence c’est plutôt des Moralia,58 recueil de textes bibliques commentés et appliqués aux situations de la vie en santa koinonia. Dans le système basilien, le comportement des moines est défini à travers la Parole de Dieu, le Dieu qui scrute les reins et les coeurs (cf Ap 2,23) toujours présent. Cette présence constante devant le Seigneur, memoria Dei, est peut-être l’élément le plus spécifique de la spiritualité basilienne.
En Occident, le chemin prend la même direction. La règle de Benoît est obéissance à la Parole de Dieu : « Nous écoutons la voix de Dieu qui chaque jour, nous parvient… » 59 Ecoute ô fils : 60 est l'ouverture de la Règle Bénédictine, parce que, par l’écoute nous devenons fils et disciples et accueillant la Parole, nous nous convertissons nous-mêmes en parole.
Au XIIème siècle, Etienne de Muret, fondateur de l’Ordre de Grandmont, exprime de manière claire, cet enracinement dans l’Evangile : Si quelqu’un vous demande de quelle profession ou de quelle règle ou ordre vous êtes, répondez que vous êtes de la règle première et principale de la religion chrétienne, c'est-à-dire de l’Evangile, source et principe de toutes les règles, il n’y a pas d’autre règle que l’Evangile.61 L’éclosion des Ordres mendiants rend encore plus incisif ce mouvement de retour à l’Evangile.
Dominique, « se manifestait partout comme un homme d’évangile, par ses paroles comme par ses oeuvres»:62 c’était un évangile vivant, capable de prêcher ce qu’il vivait et voulait que tous soient des « hommes d’évangile»63 même ses prédicateurs. Pour François d’Assise la règle est « la vie de l’évangile de Jésus-Christ »64 pour Claire d’Assise : « La forme de vie des pauvres Petites soeurs (…) c’est cela : Observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus Christ 65 . Dans la Règle des Carmes, le précepte fondamental est de « méditer jour et nuit, la Loi du Seigneur »66 Un tel fondement, commun à toutes les familles religieuses, demeure immuable dans la suite des siècles. 18

A notre époque, Giacomo Alberione affirme que la Famille Paulinienne « aspire à vivre intégralement l’Evangile de Jésus Christ ».67 tandis que la Petite Soeur Magdeleine écrit : « Nous, nous devons construire quelque chose de nouveau, une chose nouvelle bien qu’ancienne : l’authentique christianisme des premiers disciples de Jésus. Il est nécessaire que nous reprenions l’Evangile, mot à mot ».68 Tous les charismes de vie consacrée s’enracinent dans l’Evangile. Evidente et significative est la passion pour la Parole biblique en plusieurs des communautés nouvelles qui fleurissent aujourd’hui dans toute l’Eglise.
Le retour à l’Evangile résonne aujourd’hui comme une pro-vocation qui nous ramène à la source de chaque vie enracinée dans le Christ. Une invitation puissante à entreprendre un chemin vers l’origine, vers le lieu où notre vie prend forme, là où toutes Règles et normes trouvent intelligence et valeur.
Le Saint Père a exhorté à faire confiance et à compter sur cette dynamique de vitalité. « je vous invite à ne jamais douter du dynamisme de l’Evangile ni de sa capacité à tourner les coeurs vers le Christ ressuscité et à conduire les personnes sur le chemin du salut qu’elles espèrent au plus profond d’elles-mêmes ».69
Formation : Evangile et culture
9. Former à l’Evangile et à ses exigences est un impératif. Dans une telle perspective, nous sommes appelés à revoir d’une manière spécifique le modèle de formation des consacrés et spécialement des consacrées, dans leur chemin de vie. La formation spirituelle revêt un caractère d’urgence, trop souvent limitée à un accompagnement psychologique ou à des exercices de piété standardisés. La pauvreté récurrente des contenus vagues bloque les candidats à un niveau de maturation infantile et dépendant. La riche variété des chemins suivis et proposés par les auteurs spirituels demeure quasi inconnue, du moins en lecture directe, ou
se transmet uniquement de forme fragmentaire. Il est indispensable de rester vigilant afin que le patrimoine des instituts ne soit pas réduit à des schémas bâclés, éloignés de l’impulsion vitale des origines, car cela n’introduit pas adéquatement dans l’expérience chrétienne et charismatique.
Dans un monde où la sécularisation est devenue aveuglement sélectif face au surnaturel et où les hommes ont perdu les traces de Dieu, 70 nous sommes invités à la redécouverte et à l’étude des vérités fondamentales de la foi.71 Celui qui rend le service de l’autorité est appelé à favoriser chez tous les consacrés, une conscience sûre et cohérente de la foi chrétienne, soutenue par un goût nouveau pour l’étude. Saint Jean Paul II exhortait ainsi : « A l’intérieur de la vie consacrée il faudrait un goût nouveau pour l’engagement culturel, l’amour de l’étude ».72
C’est un motif de grande peine qu’un tel impératif ne soit pas encore toujours accueilli et encore moins reçu comme exigence de réforme radicale, pour les consacrés, et surtout les consacrées.
La faiblesse et la fragilité dont souffre ce secteur demandent d’y revenir avec force et de rappeler la nécessité de la formation continue, par une authentique vie dans l’Esprit et pour se maintenir ouverts mentalement et en cohérence dans le chemin de croissance et de fidélité. 73 Certes, dans les lignes générales, une adhésion formelle à une 19

telle urgence, ne manque pas et on y trouve un large consensus dans la recherche scientifique sur ce thème, mais en vérité, la pratique qui s’ensuit est fragile, incomplète, lourde, incohérente, confuse et désengagée.
« Témoin de l’Evangile – rappelle le Pape François – c’est celui qui a rencontré Jésus-Christ, qui l’a connu, ou mieux, qui s’est senti connu par lui, reconnu, respecté, aimé, pardonné et cette rencontre l’a marqué en profondeur, l’a rempli d’une joie nouvelle, un nouveau sens pour sa vie. Et cela transparaît, se communique et se transmet aux autres ».74
La Parole, source pure de spiritualité 75 par laquelle atteindre la sublimité de la connaissance du Christ Jésus (Phil 3,8) doit habiter le quotidien de notre vie. C’est seulement ainsi que sa puissance (cfr 1Th 1,5) pourra pénétrer dans la fragilité humaine, y fermenter et édifier des lieux de vie commune, rectifier les manières de penser, les affections, les décisions, les dialogues élaborés dans les espaces fraternels. A l’exemple de Marie, l’écoute de la Parole de Dieu doit devenir une respiration vitale, à chaque instant de l’existence. De cette manière, notre vie converge vers l’unité de pensée, elle se ravive dans l’inspiration et, par un renouvellement constant, fructifie dans la créativité apostolique. .77
L’apôtre Paul recommandait au disciple Timothée de chercher la foi (cf 2Tm 2,22 avec la même constance que dans sa jeunesse (cf 2Tm 3,15), tout d’abord en restant ferme sur ce qu’il avait appris, c'est-à-dire dans les saintes Ecritures : Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice, ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour tout oeuvre bonne. (2Tm 3,16-17). Nous considérons cette invitation comme adressée à nous afin que personne ne devienne nonchalant dans la foi (cf Hb. 6,12). Celle-ci est une compagne de vie qui permet de percevoir, avec un regard toujours nouveau, les merveilles que Dieu accomplit pour nous, et qui nous oriente pour une réponse obéissante et responsable.
L’Evangile, norme idéale de l’Eglise et de la vie consacrée doit présenter cette normalité dans sa pratique, son style et sa manière d’être. C’est cela le défi que lance à nouveau le Pape François. Invitant à un rééquilibre ecclésiologique entre Eglise hiérarchique et Eglise corps du Christ, il nous donne des éléments pour accomplir cette opération qui ne peut advenir que dans l’Eglise in corpore vivo, c'est-à-dire entre nous et à travers nous. Evangéliser ne signifie pas porter au monde un message reconnu utile, ni une présence qui s’impose, ni une visibilité qui offense, ni une splendeur qui aveugle, mais une annonce de Jésus-Christ, espérance en nous (Col 1, 27-28) issu d’une parole de grâce (Lc 4, 22), de bonne conduite parmi les hommes (1P 2, 12) et avec la foi qui opère grâce à l’amour (Gal 5,6). 78
LA PROPHETIE DE LA VIGILANCE
10. En conclusion des assises conciliaires, le Pape Paul VI – avec un regard prophétique, congédiait les Evêques réunis à Rome, unissant tradition et futur : « En cette rencontre universelle, en ce moment privilégié du temps et de l’espace, convergent à la fois le 20

passé, le présent et l’avenir. Le passé : de fait, l’Eglise du Christ est ici rassemblé avec sa tradition, son histoire, ses conciles, ses docteurs et ses saints… Le présent : de fait nous nous séparons pour retourner vers le monde d’aujourd’hui, avec ses misères, ses douleurs, ses péchés mais aussi avec ses prodigieuses conquêtes, ses valeurs et ses vertus… L’avenir, enfin, est là dans l’appel impérieux des peuples à une plus grande justice, dans leur désir de paix, leur soif consciente ou inconsciente d’une vie plus élevée : celle-là précisément que le Christ peut et veut leur donner… » .79
Le Pape François encourage fortement à poursuivre le chemin, d’un pas rapide et joyeux : « Guidés par l’Esprit jamais rigides ni fermés, mais toujours ouverts à la voix de Dieu qui parle, ouvre, conduit et, qui nous invite à aller vers l’horizon ».80
Quelles sont les terres que nous habitons et les horizons qu’il nous est donné de scruter ?
Le Pape François appelle à accueillir l’aujourd’hui de Dieu et ses nouveautés, il nous invite aux « surprises de Dieu »81 dans la fidélité, sans peur ni résistance, pour être des prophètes qui annoncent comment Jésus a vécu sur cette terre, qui disent comment sera le Règne de Dieu, dans son accomplissement. Jamais un religieux ne doit renoncer à la prophétie. 82
Pour nous, l’invitation à poursuivre le chemin résonne, portant dans nos coeurs l’attente du monde. Nous percevons la légèreté et le poids tandis que nous scrutons l’imprévisible arrivée du petit nuage. Humble germe d’une Nouvelle qu’on ne peut taire. La vie consacrée vit une période de changements exigeants et de nécessités nouvelles. La crise est l’état dans lequel nous sommes appelés à l’exercice évangélique du discernement, c’est l’opportunité de choisir avec sagesse – comme le scribe qui tire de son trésor du neuf et du vieux (cf Mt 13,52) – tandis que nous nous rappelons que l’histoire est tentée de conserver davantage que ce qui pourra être utilisé un jour. Nous risquons de garder des ‘’souvenirs’’ sacralisés qui rendent moins facile la sortie de la caverne de nos sécurités. Le Seigneur nous aime d’un amour durable (cf Is 54,8) : un tel amour nous appelle à la liberté.
Ensemble pour scruter l’horizon
11. Une inertie voilée(ἀκηδία) ramollit parfois l’esprit, brouille la vue, entrave les décisions et gêne la marche, conjuguant l’identité de la vie consacrée sur un modèle vieilli et auto-référencié dans un horizon proche : « se développe la psychologie de la tombe, qui petit à petit, transforme les chrétiens en momies de musée » 83 Contre cette inertie de l’esprit et de l’agir, contre cette démotivation qui attriste et éteint énergie et volonté, Benoît XVI disait : « Ne vous joignez pas aux prophètes de malheur qui proclament a fin ou le non sens de la vie consacrée dans l’Eglise de notre temps ; revêtez-vous plutôt de Jésus-Christ et endossez les armes de la lumière – comme saint Paul nous y exhortait ((cf. Rm 13,11-14) – restant éveillés et vigilants. Saint Cromacio de Aquileya écrivait « Eloigne de nous, Seigneur, un tel péril afin que jamais nous ne nous laissions appesantir par le sommeil de l’infidélité ; mais 21

accorde-nous ta grâce et ta miséricorde pour que nous puissions toujours veiller dans la fidélité. De fait, notre fidélité peut veiller avec le Christ » (Sermon 32,4) » 84
La vie consacrée est en train de traverser un gué, mais ne doit pas y rester de manière permanente. Nous sommes invités à opérer le passage. – Eglise en sortie - est l’une des expressions typiques du Pape François – comme un kairós qui exige un renoncement, demande de laisser ce que l’on sait devoir entraver un chemin long et guère facile, comme Abraham vers la terre de Canaan (cf. Gn 12,1-6), comme Moïse vers une terre mystérieuse léguée aux patriarches(cf. Es 3,7-8), comme Elie vers Sarepta de Sidone : tous, vers des terres mystérieuses uniquement entrevues dans la foi.
Il ne s’agit pas de répondre à la question de savoir si ce que nous faisons est bon : le discernement regarde vers les horizons que l’Esprit fait entrevoir à l’Eglise, il interprète le frémissement des étoiles le matin, sans issue de secours ni raccourcis improvisés, se laisse guider vers de grandes choses, au moyen de signaux petits et fragiles, mettant en jeu de faibles ressources. Nous sommes appelés à une obéissance commune qui aujourd’hui, devient un acte de foi, pour cheminer ensemble avec « le courage de jeter les filets, avec la force de sa parole (cf. Lc 5,5) et non par les seules motivations humaines 85
La vie consacrée alimente l’espérance de la promesse, est appelée à poursuivre le chemin, sans se laisser conditionner par ce qu’elle a laissé derrière elle : « Non, frères, je ne me flatte point d'avoir déjà saisi; je dis seulement ceci: oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus. Ph 3, 13-14
L’espérance ne repose pas sur nos forces, ni notre nombre, mais sur les dons de l’Esprit : la foi, la communion, la mission. Les consacrés sont un peuple devenu libre par la profession des conseils évangéliques, disposé à regarder, dans la foi, plus loin que le présent et invité à élargir son regard pour reconnaître un bien plus grand qui apportera un bénéfice à nous tous » .86
La ligne d’arrivée de ce chemin est marqué du rythme de l’Esprit, ce n’est pas une terre connue. De nouvelles frontières s’ouvrent sur notre chemin, réalités nouvelles, cultures différentes, nécessités diverses, périphéries.
A l’imitation du jeu d’équipe du prophète Elie et de son serviteur, il est nécessaire de se recueillir dans la prière dans un sentiment de passion et de compassion, pour le bien du peuple qui vit des situations désarmantes et souvent douloureuses. Il est aussi urgent le service généreux et patient du serviteur qui remonte pour scruter la mer jusqu’à entrevoir un ‘’signe’’ minuscule d’une histoire nouvelle, d’une ‘’grande pluie’’ ; Cette brise légère, on peut l’identifier aujourd’hui à tant de désirs inquiets de nos contemporains qui cherchent de sages interlocuteurs et de patients compagnons de chemin, capables d’un accueil à coeur ouvert, facilitateurs et non contrôleurs de la grâce, pour de nouvelles saisons de fraternité et de salut.87
Un guide ‘’derrière le peuple’’ 22

12. En même temps, il est indispensable que l’exode soit accompli par tous, guidés avec simplicité et clarté par celui qui dans le service de l’autorité recherche en priorité, le visage du Seigneur. Nous invitons ceux qui sont appelés à un tel service, à l’exercer dans l’obéissance à l’Esprit, avec courage et constance, afin que la complexité et la transition soient assurées et que la marche ne soit ni ralentie, ni arrêtée.
Nous les exhortons à une direction qui ne laisse pas les choses comme elles sont, 88 qui écarte la tentation de laisser passer et de considérer comme inutile tout effort fait pour améliorer une situation. Se profile alors le danger de devenir des gérants de la routine, résignés à la médiocrité, craignant d’intervenir, privés du courage de montrer le but de l’authentique vie consacrée et courant le risque de perdre l’amour des origines et le désir d’en témoigner. 89
C’est le temps des petites choses, de l’humilité qui sait offrir un peu de pain et deux poissons, à la bénédiction de Dieu (cf. Jn 6,9) qui sait percevoir dans le petit nuage comme une main d’homme, l’arrivée de la pluie. Nous ne sommes pas appelés à être des guides débordés et préoccupés par l’administratif, mais à un service de l’autorité qui indique, avec une clarté évangélique, le chemin à parcourir ensemble, dans l’unité des coeurs, en un présent fragile où le futur est en gestation.
Il ne suffit pas d’être un « simple administrateur » il lui faut aussi « marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui restent en arrière et surtout parce que le troupeau lui-même a du flair pour découvrir de nouveaux chemins » 91
Un guide qui accueille et encourage avec une tendresse condescendante les regards des frères et des soeurs, même de ceux qui regardent vers le passé et freinent la marche, les aidant à dépasser l’empressement, la peur et les attitudes de renoncement. Celui qui retourne au passé, ce peut être celui qui souligne avec nostalgie, les différences, qui rumine en silence ou émet des doutes sur la faiblesse des moyens, des ressources ou des personnes. Ne restons pas encore à la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel».92
On peut percevoir l’écho du serviteur d’Elie qui répète en scrutant l’horizon : Il n’y a rien ! (1R 18,43). Nous sommes appelés à la grâce de la patience, à attendre et à retourner scruter le ciel, jusqu’à sept fois, tout le temps nécessaire, afin que la marche de l’ensemble ne s’arrête pas à cause de l’indolence de quelques uns : Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques uns. Et tout cela je le fais à cause de l’Evangile, afin d’en avoir ma part. (1Co 9, 22-23).
Il nous a été donné de savoir indiquer le chemin fraternel vers la liberté selon les rythmes et les temps de Dieu. Scruter ensemble le ciel et surveiller, signifie être tous appelés à l’obéissance - personne, communauté, institut – pour entrer dans un autre ordre de valeurs, accueillir un sens nouveau et différent de la réalité, croire que Dieu est passé, même s’il n’a pas laissé de traces visibles, mais nous l’avons perçu comme dans un silence sonore,93 qui pousse à expérimenter une liberté imprévisible pour 23

arriver au seuil du mystère : Car mes pensées ne sont pas vos pensées et vos pensées ne sont pas mes pensées, oracle du Seigneur (Is 55,8)».94
En cet exode qui effraie notre logique humaine – qui exigerait des objectifs clairs et des chemins déjà tracés - résonne une question : qui affermira les genoux chancelants (cf. Is 35,3)?
Dans les situations complexes et bloquées, l’action de l’Esprit se rend présente dans un coeur comme celui qui simplifie, expose des priorités, celui qui donne des suggestions pour avancer vers le but auquel nous tendons. Il est opportun de toujours partir du souffle de joie de l’Esprit, lui intercède pour nous en des gémissements ineffables (…) pour les saints, selon les desseins de Dieu (Rm 8,26-27). Il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser porter par l’Esprit, renoncer à tout calculer et contrôler et lui permettre de nous illuminer, nous guider, nous orienter et nous pousser où il veut. Lui, il sait bien de quoi nous avons besoin en chaque époque et à chaque moment. Cela s’appelle : être mystérieusement fécond ! ».95
La Mystique de la rencontre
« Telles ces ‘’sentinelles’’ qui, dans le monde, maintiennent vivant le désir de Dieu et le révèlent au coeur de tant de personnes en soif d’infini»96, nous sommes invités à être des chercheurs de Dieu et des témoins des projets visibles et vitaux de l’Evangile. Hommes et femmes, ayant une foi forte mais aussi une capacité d’empathie, de proximité, d’esprit créatif et créateur, qui ne peuvent pas limiter l’esprit et le charisme à des structures rigides et à la crainte de les abandonner
Le Pape François nous invite à vivre ‘’la mystique de la rencontre’’ : « L’aptitude à comprendre et à écouter les autres, la capacité à chercher ensemble le chemin, la méthode […] signifie aussi ne pas s’effrayer, ne pas avoir peur des choses » .97
« Si chacun de vous est attentif aux autres – continue le Saint Père – il est un canal précieux de rencontre avec Dieu, il s’agit bien de redécouvrir la responsabilité d’être une communauté prophétique, de rechercher ensemble, avec humilité et patience, une parole qui a du sens, qui peut être un don, et d’en témoigner avec simplicité. Vous êtes comme des antennes prêtes à capter des germes des nouveautés suscités par l’Esprit Saint, et vous pouvez aider la communauté ecclésiale à adopter ce regard bienveillant et trouver des voies nouvelles et courageuses pour atteindre tout le monde.98
Un des paradigmes du Concile a été la sollicitude pour le monde et pour l’homme. Etant donné que l’homme - non pas l’homme abstrait, mais l’homme concret – « est le premier chemin que l’Eglise doit parcourir dans l’accomplissement de sa mission»99 l’engagement dans les conflits des hommes et des femmes de notre temps reste prioritaire pour nous. L’engagement qui est de toujours avec une imagination toujours renouvelé : dans l’éducation, la santé, la catéchèse, l’accompagnement constant de l’homme en toutes ses nécessités, ses aspirations et ses égarements. 24

L’homme, dans son intégrité physique et sa réalité sociale est le chemin de l’évangélisation. La vie consacrée s’est installée dans les périphéries des cités, réalisant un véritable ‘’exode’’ vers les pauvres, se dirigeant vers le monde des abandonnés. Nous devons reconnaître sa générosité exemplaire, mais aussi les tensions et les risques idéologiques, surtout dans les premières années après le Concile.
« La vieille histoire du Samaritain – disait Paul VI, dans le Discours de clôture du Concile – a été le paradigme de la spiritualité du Concile. Une sympathie immense l’a entièrement envahie. La découverte des besoins humains (et plus nombreux sont-ils, plus grand se fait le fils de la terre) a absorbé l’attention de notre synode.
Donnez-lui au moins ce mérite, vous humanistes modernes qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes et reconnaissez notre nouvel humanisme : même si nous, nous plus que tous, sommes des promoteurs de l’homme».100
Notre mission se place dans la perspective de cette ‘’sympathie’’, dans la perspective qui met la personne au centre, en partant de l’humain. Faire émerger toute la richesse et la vérité de l’humanité que la rencontre avec le Christ exige et favorise, en même temps nous introduit dans la compréhension que les ressources ecclésiales sont importantes surtout en tant que ressources de vraie humanité et de promotion humaine.101
Mais quels hommes ou femmes avons-nous face à nous, aujourd’hui ? Quels sont les défis et les réajustements nécessaires pour une vie consacrée qui veut vivre selon le style du Concile, c'est-à-dire dans une attitude de dialogue, de solidarité, de profonde et authentique ‘’sympathie’’ avec les hommes et les femmes d’aujourd’hui, avec leurs cultures propres, leur ressenti intime, la conscience qu’ils ont d’eux mêmes et leurs morales communes ?
Sous l’impulsion de l’Esprit du Christ, nous sommes appelés à reconnaître ce qui est vraiment humain. Autrement notre action se limiterait à un aspect social, semblable à une ONG pieuse, comme l’a souvent répété le Pape François 102, tendu vers la construction d’une société plus juste, mais sécularisée, fermée à la transcendance et, en définitive, pas juste du tout. Les objectifs de promotion sociale nous devons les situer dans un futur, un horizon qui met en évidence et protège le témoignage du Règne et la vérité de l’humain. Dans notre temps dominé par la communication envahissante et globale et en même temps, de l’incapacité à communiquer avec authenticité, la vie consacrée est appelée à être signe de la possibilité des rapports humains accueillants, transparents, sincères. L’Eglise, dans la faiblesse et la solitude aliénante et autoréférentielle de l’humain, compte sur une fraternité riche de ‘’joie et d’Esprit Saint’’ (Ac 13,52).103 « Specialis caritatis schola » 104, la vie consacrée, dans ses multiples formes de fraternité est façonnée par l’Esprit Saint car « là où est la communauté, là est l’Esprit et là où est l’Esprit de Dieu, là est la communauté et toute grâce».105
Nous estimons la fraternité comme un espace riche de mystère et un lieu théologal où l’on peut expérimenter la présence mystique du Seigneur ressuscité».106 Il existe 25

un écart entre ce mystère et la vie quotidienne : nous sommes invités à passer d’une forme de vie commune à la grâce de la fraternité. De la forme communis à la relation humaine dans la forme évangélique en vertu de la charité de Dieu qui est répandu dans notre coeur par l’Esprit Saint (cf. Rom 5,5).
Le Pape François nous exhorte ainsi : « Cela fait tant mal de noter que dans certaines communautés chrétiennes et même parmi les personnes consacrées, on laisse place à toutes sortes de haine, division, calomnie, diffamation, vengeance, jalousie, désir d’imposer des idées propres, à tout prix, et ce, jusqu’à des persécutions qui ressemblent à une chasse aux sorcières. Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ? […] Nul ne peut se sauver seul, c'est-à-dire ni comme individu isolé, ni par ses propre forces. Dieu nous attire en tenant compte de la trame complexe des relations interpersonnelles qui existent en toute communauté humaine».107
Nous sommes alors appelés à nous reconnaître comme fraternité ouverte à la complémentarité de la rencontre, dans la convivialité des différences, pour avancer dans l’unité : Le Pape François nous dit : Une personne qui garde sa personnalité particulière et ne cache pas son identité propre, quand elle s’intègre de tout coeur dans une communauté, elle ne s’annule pas, mais reçoit toujours de nouvelles stimulations pour sa propre édification.».108 Le style du ‘’dialogue’’ qui est beaucoup plus que la communication d’une vérité, se réalise dans le plaisir de parler et pour le bien concret qui se transmet, au moyen des paroles, entre ceux qui se veulent du bien. C’est un bien qui ne consiste pas en des objets, mais dans les personnes elles-mêmes qui se donnent réciproquement, à travers le dialogue».109 Rappelons que le climat du dialogue, c’est l’amitié. De même que pour le service ».110
Nos fraternités sont des espaces où le mystère de l’homme rejoint le mystère divin, dans l’expérience de l’Evangile. Il y a deux ‘’lieux’’ où, de manière privilégiée, l’Evangile se manifeste, prend corps et se donne : la famille et la vie consacrée. Dans le premier, l’Evangile entre dans le quotidien et montre sa capacité à transformer le vécu dans la perspective de l’amour. Le second signe, icône d’un monde à venir, qui relativise chacun des biens de ce monde, se crée un espace secondaire semblable au premier tandis qu’il se présente, par anticipation, comme l’accomplissement du chemin de la vie et que toutes les expériences humaines deviennent relatives, face à la communion finale avec Dieu.111
Nous devenons ‘’lieu d’Evangile’’ quand nous réservons pour nous et pour tous, l’espace de l’attention à Dieu, empêchons que tout notre temps soit accaparé par des choses, des activités et des paroles. Nous sommes lieux d’Evangile quand nous devenons des femmes et des hommes de désir : attente d’une rencontre, d’un rassemblement, d’une mise en relation. C’est pour cela qu’il est essentiel que nos rythmes de vie, les ambiances de nos fraternités et toutes nos activités deviennent des espaces de préservation d’une ‘’absence’’ qui est présence de Dieu.
« La communauté soutient entièrement l’apostolat. Parfois, les communautés religieuses sont traversées par des tensions risquant l’individualisme et la dispersion alors qu’il faudrait une communication profonde et des relations authentiques. La force 26

humanisante de l’Evangile est lisible dans la fraternité vécue en communauté, faite d’accueil, de respect, d’entraide, de compréhension, de politesse, de pardon et de joie »112 En ce cas, la communauté devient un espace où se vit la différence évangélique. Le style de l’Evangile, humain et sobre, se manifeste dans la recherche qui aspire à la transfiguration ; dans le célibat, pour le Règne ; dans la recherche et dans l’écoute de Dieu et de sa Parole : obéissance qui montre la différence chrétienne. Signes éloquents dans un monde qui revient à la recherche de l’essentiel.
La communauté qui assise autour de la table et reconnaît le Christ à la fraction du pain (cf Lc24,13-35) est aussi un lieu où chacun reconnaît sa fragilité. La fraternité ne peut produire la perfection dans les relations, mais elle accueille les limites de tous, les porte au coeur et dans la prière comme une blessure faite au commandement de l’amour (cf Jn 13,31-35): lieu où le mystère pascal opère la guérison et crée l’unité. Evénement de grâce demandé et reçu par les frères et soeurs qui sont ensemble, non par choix, mais par appel, expérience de la présence du Ressuscité.
LA PROPHETIE DE LA MEDIATION
14. Les familles religieuses sont nées pour ouvrir de nouveaux chemins, proposer des parcours inédits ou répondre rapidement à des nécessités humaines ou spirituelles. Il peut arriver que l’institutionnalisme, en des temps si chargés de ‘’prescriptions obsolètes’’ 113, et les exigences sociales, convertissent les réponses évangéliques en des réponses jugées sur l’efficacité et la rationalité ‘’de l’entreprise’’. La vie consacrée peut en arriver à perdre l’autorité, l’audace charismatique et l’assurance évangélique pour s’être laissé attirer par des lumières étrangères à son identité.
Le Pape François nous invite à la fidélité créative, aux surprises de Dieu : « Jésus-Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’emprisonner et nous surprendre par sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source et retrouver la fraîcheur originale de l’Evangile, de nouveaux chemins s’ouvrent : des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées d’un sens renouvelé pour le monde actuel. En réalité, chaque action évangélisatrice authentique est toujours ‘’nouvelle ‘’.»114
Au carrefour du monde
15. L’Esprit nous appelle à moduler le servitium caritatis selon le sentir de l’Eglise. « La charité ‘’se mobilise’’ pour la construction de la ‘’cité de l’homme’’ selon le droit et la justice. D’autre part, la charité surpasse la justice et la complète selon la logique du don et du pardon. La ‘’cité de l’homme’’ n’est pas établie uniquement sur des rapports de droits et de devoirs, mais bien plus d’abord sur des relations de gratuité, de miséricorde et de communion », 115 et le Magistère nous introduit dans une compréhension plus grande « Le risque de notre temps c’est que l’interdépendance de fait entre les hommes et les peuples, ne corresponde pas à l’interaction éthique des 27

consciences et des intelligences, de laquelle puisse émerger comme résultat, un développement vraiment humain. Avec la charité, éclairée par la lumière de la foi et de la raison, il est possible d’avoir des objectifs de développement dotés d’un caractère plus humain et plus humanisant ». 116
D’autres inspirations de l’esprit nous appellent à renforcer les citadelles dans lesquels la pensée et les études peuvent garder l’identité humaine et son visage de grâce, dans le flux des connexions digitales des mondes du network, qui dépeignent une condition réelle et spirituelle de l’homme contemporain.
La technologie enseigne et en même temps communique des besoins et stimule des désirs que l’homme a expérimenté depuis toujours : nous sommes appelés à habiter ces terres inexplorées pour leur annoncer l’Evangile. Aujourd’hui, quand les réseaux de la communication humaine ont atteint un développement inédit, nous sommes au défi de découvrir et de transmettre la ‘’mystique’’ de vivre ensemble, de nous mêler, de nous rencontrer, de nous prendre dans les bras, de nous entraider, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une vraie expérience de fraternité, dans une caravane solidaire, dans un saint pèlerinage ».117
Nous sommes pareillement invités à planter rapidement nos tentes aux carrefours des sentiers non battus. A rester au seuil comme Elie le prophète qui a fait de l’espace géographique en périphérie, une source de révélation : vers le Nord à Sarepta, vers le Sud à l’Horeb, à l’Est au-delà du Jourdain pour la solitude dans la pénitence et enfin pour la montée au ciel. Le ‘’seuil’’ est le lieu où l’Esprit gémit : là où nous ne savons plus quoi dire ni où orienter nos attentes, mais où l’Esprit connaît les desseins de Dieu (Rm 8,27) et nous les inspire. On risque parfois, d’attribuer aux voies de l’Esprit, nos propres esquisses géographiques déjà tracées depuis longtemps, car le fait d’emprunter les mêmes chemins nous rassurent. Le Pape Benoît XVI nous ouvre à la vision d’une Eglise qui grandit par attraction ,118 tandis que le Pape François rêve « d’un choix missionnaire capable de transformer toute chose, pour que les habitudes, styles, langage et structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour la préservation personnelle […]
En constante position de ‘’sortie’’ pour permettre « une réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié » .119
La joie de l’Evangile nous demande d’élaborer une spiritualité qui soit comme un art de la recherche utilisant des métaphores alternatives et des images nouvelles, qui créent des prospectives inédites.
Repartir avec humilité de l’expérience du Christ et de son Evangile, c'est-à-dire du savoir acquis par expérience est quelque peu désarmant comme pour David face à Goliath. La puissance de l’Evangile expérimenté en nous comme salut et joie, nous permet d’utiliser avec sagesse des images et des symboles adaptés à une culture qui absorbe événements, pensées et valeurs et les restitue par la suite comme ‘’icônes’’ séduisantes, écho d’une profonde nostalgie de Dieu, qui se manifeste de manières diverses et place beaucoup d’hommes et de femmes en attitude de recherche sincère. 120 28

Dans le passé, un des thèmes le plus pertinent de la vie spirituelle fut le symbole du voyage ou celui de la montée : non dans le sens de l’espace mais vers le centre de l’âme. Ce processus mystique posé comme fondement de la vie de l’esprit, va aujourd’hui à la rencontre d’autres instances de valeurs auxquelles il apporte lumière et sens. La prière, la purification, l’exercice des vertus rencontrent la solidarité, l’inculturation, l’oecuménisme spirituel, la nouvelle anthropologie, demandant une nouvelle herméneutique, et selon l’antique traditio patristica, des nouveaux chemins mystagogiques.
Les consacrés et consacrées, experts en écoute de l’Esprit et conscients de l’homme intérieur où habite le Christ, sont invités à s’éloigner de ces chemins, mettant en opposition le dia-bolique qui divise et sépare, et libérant le sym-bolique, c'est-à-dire l’origine du lien et de la relation présente dans la complexité de la réalité créée, le dessein de récapituler dans le Christ toutes les choses, celles du ciel et celles de la terre (Eph 1,10).
Où seront les consacrés ? Libérés des contraintes en raison de la forme évangélique de vie qu’ils professent, sauront-ils s’arrêter – comme une sentinelle - sur le bord, là où le regard se fait plus net et plus aigu et la pensée plus humble ? Toute la vie consacrée saura accueillir le défi des demandes de sens qui proviennent des carrefours du monde ?
L’expérience auprès des pauvres, le dialogue interreligieux et interculturel, la complémentarité homme-femme, l’écologie dans un monde malade, l’eugénisme sans remords, l’économie globalisée, la communication planétaire, le langage symbolique… sont les nouveaux horizons herméneutiques qu’on ne peut pas simplement énumérer, mais doivent être approfondis et assimilés, sous la conduite de l’Esprit qui gémit en tout (cf Rom 8,22-27).
Il y a des courants d’époque qui remettent en question systèmes de valeurs, langages, priorités et anthropologie. Des millions de personnes sont en chemin, entre monde et culture, déstabilisant des identités séculaires et favorisant un mélange des cultures et des religions.
La vie consacrée saura-t-elle devenir une interlocutrice accueillante « de cette recherche de Dieu qui, depuis toujours, habite le coeur de l’homme ? » 121 Comme Saint Paul, saura-t-elle se rendre – sur la place d’Athènes et parler aux Gentils, d’un Dieu inconnu (cf Ac 17, 22-34) ? Saura-t-elle alimenter l’ardeur de la pensée pour raviver la valeur de l’altérité et l’éthique des différences, dans la convivialité pacifique ?
Sous ses diverses formes, la vie consacrée est déjà présente en ces carrefours. Depuis des siècles, in primis, les monastères, communautés et fraternités, situés aux confins des territoires, vivent un témoignage silencieux, lieu d’Evangile de dialogue et de rencontre. Beaucoup de consacrés et consacrées, vivent aussi le quotidien des 29

hommes et des femmes d’aujourd’hui, partageant joies et peines, dans la gestion de l’ordre temporel, avec la sagesse et l’audace de « trouver des chemins nouveaux et courageux pour tout rassembler dans le Christ, 122 et aller au-delà, non seulement au-delà mais au-delà et demi, là où tout se joue. » 123
Les consacrés et consacrées sur limine sont appelés à ouvrir une clairière comme aux temps lointains on aménageait des terrains au milieu des bois pour fonder des cités. Les conséquences de tels choix, comme le souligne le Pape François, sont incertaines, elles obligent sans doute à un déplacement, du centre vers la périphérie, à une redistribution des forces en lesquelles ne prédomine pas la sauvegarde du statu quo et l’estimation du profit, mais la prophétie des choix évangéliques. « Le charisme n’est pas une bouteille d’eau distillée. Il est nécessaire de le vivre avec énergie, le relisant aussi sous l’angle de la culture ». 124
Dans le signe du petit
16. Nous Continuons notre voyage tissant des médiations dans l’humble signe de l’Evangile : « Ne perdez jamais l’élan de la marche sur les routes du monde, la conscience que marcher, aller même d’un pas incertain ou en boitant, c’est toujours mieux que de rester sur place, enfermé dans son propre questionnement ou ses propres sécurités » .125
Les icônes sur lesquelles nous avons médité – depuis la nuée qui accompagnait l’exode, jusqu’aux histoires du prophète Elie – nous révèlent que le Règne de Dieu se manifeste parmi nous, dans le signe du petit.
“Croyons à l’Evangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde et qu’il est en train de se développer ici et là, de diverses manières : comme le petit grain qui peut arriver à devenir un grand arbre (cf Mt 13,31-32), comme une poignée de levain fait fermenter une grande masse de farine (cf Mt 13,33) et comme la bonne semence qui croît au milieu de l’ivraie (cf Mt 13,24-30), peuvent toujours nous surprendre de manière appréciable » .126
Celui qui s’arrête à l’autoréférence n’a souvent qu’une image et une connaissance de lui-même et de son horizon propre.
Qui se limite aux marges, peut comprendre et favoriser un monde plus humble et spirituel.
Les nouveaux chemins de la foi germent aujourd’hui en des milieux humbles, sous le signe d’une Parole qui, entendue et vécue, porte au relèvement. Les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui opèrent des choix à partir de petits signes interprétés dans la foi et dans la prophétie que sait pressentir l’autre ; ils deviennent des lieux de vie d’où jaillit la lumière et résonne l’invitation qui appelle l’autre à suivre le Christ.
Adoptons un style d’oeuvres et de présences petites et humbles comme le grain de sénevé de l’Evangile (cf Mt 13,31-32), par lequel brille sans frontière, l’intensité du signe : la parole courageuse, la fraternité radieuse, l’écoute de la voix faible, le 30

souvenir de la maison de Dieu parmi les hommes. Il faut cultiver « un regard contemplatif, c'est-à-dire un regard de foi qui découvre ce Dieu qui habite dans leurs maisons, leurs rues, leurs places. La présence de Dieu accompagne la recherche sincère que font les individus et les groupes, pour trouver appui et sens à leur vie. Lui, vit parmi les habitants de la cité, promouvant la solidarité, la fraternité, le désir du bien, de la vérité et de la justice. Cette présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée ». 127
La vie consacrée trouve sa fécondité, non seulement à témoigner du bien mais aussi à le reconnaître et à savoir le montrer, spécialement là où on ne le voit pas habituellement, chez les « non citadins », les « citadins à demi », les habitants des «banlieues » les rejetés, le rebut de la société, les sans dignité. Passer des paroles de solidarité à des gestes d’accueil et d’attention : la vie consacrée est appelée à une telle vérité. 129
Le Pape Benoît XVI nous exhortait déjà ainsi : « Je vous invite à avoir une foi qui sache reconnaître la sagesse de la faiblesse. Dans les joies et les afflictions du temps présent, quand la dureté et le poids de la croix se font sentir ne pas douter que la kénose du Christ est déjà victoire pascale. C’est justement dans les limites et la faiblesse humaine que nous sommes appelés à vivre en conformité avec le Christ, dans une tension totalisante qui anticipe, dans la mesure du possible dans le temps, la perfection eschatologique (VC,16).Dans la société de l’efficience et du succès, votre vie caractérisée par la ‘’petitesse’’ et par la faiblesse des petits, par l’empathie avec ceux qui sont ‘’sans voix’’, devient un signe de contradiction évangélique ».130
Nous vous invitons à revenir à la sagesse de l’Evangile vécue par les petits (cf Mt 11, 25): «C’est la joie qui se vit dans les petites choses de la vie, comme une réponse à l’affectueuse invitation de Dieu notre Père : Fils, dans la mesure de tes possibilités, comporte-toi bien… Ne te refuse pas le bonheur présent (Si 14,11.14). Quelle tendresse paternelle se cache derrière ces paroles ! ».131
La faiblesse actuelle de la vie consacrée ne vient-elle pas du fait qu’elle a perdu la joie des « petites choses de la vie ».132 Sur le chemin de la conversion, les consacrés pourraient découvrir que le premier appel – nous l’avons rappelé dans la lettre Rallegratevi – est l’appel à la joie comme accueil du petit et recherche du bien : Seulement pour aujourd’hui, je serai heureux, dans la certitude que j’ai été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde, mais aussi en celui-ci».133
Le Pape François nous invite à nous laisser porter par l’Esprit, renonçant à tout calculer et contrôler et permettre qu’il nous éclaire, nous guide, nous oriente et nous pousse là où il veut. Lui sait bien ce dont nous avons besoin, en chaque époque et en chaque moment ».134
Ensemble, dans une attitude orante
17. L’horizon est ouvert, alors que nous sommes invités à la vigilance orante qui intercède pour le monde. Ainsi nous continuons à percevoir les petits signes d’abondantes pluies bénéfiques sur notre aridité, murmures légers d’une présence fidèle. 31

Le chemin à parcourir pour suivre la nuée, n’est pas facile ; le discernement exige parfois de longues attentes qui peuvent lasser ; le joug suave et doux peut devenir lourd. Le désert est aussi un lieu de solitude, de vide. Un lieu où manque ce qui est fondamental pour vivre : l’eau, la végétation, la compagnie des gens, la chaleur d’un ami, enfin la vie elle-même. Dans le désert, chacun peut toucher dans le silence et la solitude, son image la plus vraie, il peut se mesurer lui-même et se mesurer avec l’infini, mesurer sa fragilité comme un grain de sable et la solidité du rocher comme mystère de Dieu.
Les Israélites restaient dans le campement tant que la nuée demeurait sur la tente ; ils reprenaient le chemin quand la nuée se levait de dessus la tente. S’arrêter et repartir : une vie guidée, règlementée et rythmée par la nuée de l’Esprit. Une vie à vivre dans une veille attentive.
Elie recroquevillé sur lui-même, écrasé par la douleur et l’infidélité du peuple, porte sur les épaules et dans le coeur la souffrance et la trahison. Il devient lui-même prière, imploration orante, entrailles qui intercèdent. A côté de lui et pour lui, le jeune garçon scrute le ciel, pour voir si de la mer va apparaître le signe de la réponse à la promesse de Dieu.
C’est le paradigme de l’itinéraire spirituel de chacun, par lequel l’homme se convertit vraiment en ami de Dieu, instrument de son dessein divin salvifique, il prend conscience de sa vocation et de sa mission pour le bien de tous les gens faibles de la terre.
La vie consacrée, dans le temps présent, est appelée à cultiver, avec une intensité particulière, la statio de l’intercession. Nous sommes conscients de nos limites et de notre finitude, alors que notre esprit traverse le désert et la consolation à la recherche de Dieu et des signes de sa grâce, ténèbres et lumière. En cette statio orante, entre en jeu l’obéissance rebelle de la prophétie de la vie consacrée qui avec passion, se fait la voix de l’humanité. Plénitude et vide - comme perception profonde du mystère de Dieu, du monde et de l’humain - sont des expériences que nous traversons le long du chemin, avec plus ou moins d’intensité.
Le pape François nous interpelle : « Luttes-tu avec le Seigneur, pour ton peuple, comme Abraham a lutté (cf Gen 18,22-33) ? - Courageuse prière d’intercession. Nous parlons de parresia, de courage apostolique et nous pensons dans les plans pastoraux, cela va bien mais la même parresia est aussi nécessaire dans la prière».135
L’intercession se fait la voix des pauvretés humaines, adventus ed eventus : préparation à la réponse de la grâce, à la fécondité de la terre aride, à la mystique de la rencontre, dans le signe des petites choses.
Le fait de vivre en communauté fait des consacrés, non des prophètes solitaires mais des hommes et des femmes de communion, d’écoute commune de la Parole de Dieu, 32

capables d’élaborer ensemble des concepts et des signes nouveaux pensés et construits, même en des temps de persécution et de martyre. Il s’agit d’un chemin vers la communion des différences : signe de l’Esprit qui souffle dans les coeurs le désir ardent pour que tous soient un ( Jn 17, 21). Ainsi se manifeste une Eglise qui, assise à table, après un chemin de doutes et de propos tristes et sans espérance, reconnaît son Seigneur à la fraction du pain (Lc 24, 13-35), revêtue de la nature essentielle de l’Evangile.
Pour la réflexion
18. Les provocations du Pape François
le Seigneur veut donner une mission, un travail, à quelqu’un, il le prépare à bien l’assumer, comme il avait préparé Elie. » C’est dire « qu’il est important non pas qu’il ait personnellement rencontré le Seigneur » mais aussi « tout le cheminement pour arriver à cette mission que Dieu lui confie. » C’est justement là que se situe la différence entre la mission apostolique que le Seigneur nous donne et le devoir humain, honnête, bon. Donc « quand le Seigneur donne une mission, il nous fait entrer dans un processus de purification, de discernement, d’obéissance et de prière. ».136
Sont-ils doux, humbles ? Dans cette communauté, y a-t-il des luttes entre eux pour le pouvoir, des disputes par jalousie ? Y-a-t-il des critiques ? Alors ils ne sont pas sur le chemin de Jésus-Christ. » La paix en communauté est, en effet, une particularité très importante. Très importante car le démon cherche toujours à nous diviser. C’est le père de la division. Au moyen de la jalousie il divise. Jésus nous fait entrevoir ce chemin, celui de la paix entre nous, de l’amour entre nous. » 137
de prendre l’habitude de demander la grâce de nous souvenir du chemin parcouru par le peuple de Dieu » La grâce aussi de « l’histoire personnelle : qu’est-ce que Dieu a accompli dans ma vie, comment m’a-t-il fait avancer ? » Il faut aussi demander la grâce de l’espérance qui n’est pas l’optimisme : c’est autre chose » ; « demander la grâce de renouveler tous les jours, l’alliance avec le Seigneur qui nous a appelés ». .138
: marcher selon l’optique des promesses, dans l’assurance qu’elles deviendront réalité. Il est bon de relire le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux où il est rappelé le chemin parcouru par le peuple de Dieu, vers la terre 33

promise : combien ce peuple aimait ces promesses et les cherchait, même jusqu’au martyre. Il savait que Dieu est fidèle. L’espérance ne déçoit jamais ». (…) C’est cela notre vie : croire et nous mettre en route comme a fait Abraham qui a eu « confiance au Seigneur et a poursuivi sa marche, même dans les moments difficiles » .139
e perdez pas l’élan de votre marche sur les routes du monde, la conscience que de marcher, d’aller même d’un pas incertain ou en boitant, c’est toujours mieux que de rester sur place, enfermé dans son propre questionnement ou ses propres sécurités.
L’ardeur missionnaire, la joie de la rencontre avec le Christ qui vous pousse à partager avec les autres, la beauté de la foi éloigne le risque de rester bloqués dans l’individualisme. .140
Jésus qui est à l’imitation de sa vie : obéissance au Père, pauvreté, vie en communauté et chasteté (…) Dans l’Eglise, les religieux sont appelés à être des prophètes qui témoignent de la manière dont Jésus a vécu sur cette terre et qui annoncent comment sera le Règne de Dieu, dans sa plénitude. Mais un religieux ne doit jamais renoncer à la prophétie .141
: la vigilance. La vigilance de soi-même : qu’est-ce qui se passe dans mon coeur ? Car là où est mon coeur, là est mon trésor. Qu’est-ce qui se passe là ? Les Pères orientaux disent que je dois très bien savoir si mon coeur est dans une turbulence ou s’il est tranquille. (…) Et après, que dois-je faire ? Je cherche à comprendre ce qui arrive, mais toujours dans la paix. Comprendre en paix. Ensuite, la paix revient et je peux alors faire la discussio conscientiae. Quand je suis en paix, il n’y a pas de turbulences. ‘’Qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui dans mon coeur ?’’ Et cela, c’est veiller. Veiller, ce n’est pas aller en salle de torture, non ! C’est regarder son coeur. Nous devons être maîtres de notre coeur. Que ressent mon coeur… que cherche-t-il ? Qu’est-ce qui m’a rendu heureux aujourd’hui et qu’est-ce qui ne m’a pas rendu heureux ? 142

Grâce à Dieu, vous ne vivez pas et ne travaillez pas comme des individus isolés, mais en communauté : et rendez grâce à Dieu de cela. La communauté soutient totalement l’apostolat. Parfois les communautés sont traversées de tensions, avec le risque de l’individualisme et de la dispersion, alors on a besoin d’une communication profonde et de relations authentiques. La force humanisante de l’Evangile est visible dans la fraternité vécue en communauté, elle est faite d’accueil, de respect, d’aide réciproque, compréhension, courtoisie, pardon et joie.143
Vous êtes un levain qui peut produire un pain bon pour beaucoup de monde, ce pain dont on a tant faim : l’écoute des besoins, des désirs, des désillusions et de l’espérance. Comme ceux qui vous ont précédés dans votre vocation, vous pouvez redonner espérance aux jeunes, aider les aînés, ouvrir la voie du futur, répandre l’amour en tous lieux et situations. 34

S’il n’en est pas ainsi, si votre vie ordinaire ne témoigne pas et n’est pas prophétique, alors, je vous le répète, la conversion est urgente ! 144
cherchons aussi à être une Eglise qui trouve de nouveaux chemins, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers ceux qui ne la fréquentent pas, ceux qui se sont éloignés d’elle ou qui sont indifférents. Ceux qui sont partis de l’Eglise, l’ont fait pour des raisons qui, bien comprises et évaluées, peuvent amener à revenir. Mais cela nécessite de l’audace et du courage.145
et prophétie. Ne les voyons pas comme deux réalités opposées ! Disons plutôt que l’Esprit Saint anime toues les deux, et le signe de cela, c’est la joie : la joie d’observer une Règle de vie et de marcher selon cette Règle ; et la joie d’être guidés par l’Esprit, jamais rigides, jamais enfermés, toujours ouverts à la voix de Dieu qui parle, qui ouvre, qui conduit et qui invite à aller vers l’horizon..146
Salut, Mère de la nouvelle Alliance
19. Marcher en suivant les signes de Dieu, signifie expérimenter la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ,147 centre de la vie et source des décisions et des actions.148 La rencontre avec le Seigneur se renouvelle jour après jour dans la joie du chemin, dans la persévérance. « Toujours en chemin avec cette vertu qui est celle du pèlerin : la joie !». 149
Le temps actuel aspire à la nécessité de veiller : « Vigilance. C’est regarder son coeur.
Nous devons être maîtres de notre coeur. Que ressent mon coeur… que cherche-t-il ? Qu’est-ce qui m’a rendu heureux aujourd’hui et qu’est-ce qui ne m’a pas rendu heureux ? […] C’est cela connaître l’état de mon coeur, de ma vie et la manière dont je marche sur la route vers le Seigneur. Car sans vigilance, le coeur se disperse et l’imagination fait de même. Ce ne sont pas des choses désuètes ni dépassées». 150
Le consacré devient memoria Dei, il rappelle la manière d’agir de Dieu. Le temps qu’il nous a donné pour suivre la nuée exige persévérance et fidélité à scruter l’horizon dans une veille comme s’il voyait l’invisible (Héb 11,27). C’est le temps de la nouvelle alliance. Dans les jours fragmentés et au souffle bref, il nous est demandé, comme à Elie, de veiller, de scruter le ciel sans nous lasser, pour apercevoir la nuée, petite comme une main d’homme, de garder l’audace de la persévérance et une vision nette de l’éternité. Notre époque est un temps d’exil, de pèlerinage, dans l’attente vigilante et joyeuse de la réalité eschatologique où Dieu sera tout en tous.
Marie « est la nouvelle arche d’alliance, devant qui le coeur exulte de joie, la Mère de Dieu présente dans le monde, qui ne garde pas pour elle, cette divine présence, mais l’offre en partage de la grâce de Dieu. Et ainsi, comme dit la prière – Marie est réellement causa nostrae laetitiae, l’arche en laquelle le Seigneur est réellement présent parmi nous».151 35

Prière à Marie
Salut Marie, Femme de l’Alliance nouvelle, nous te disons heureuse parce que tu as cru (cf Lc 1,45) et que tu as su « reconnaître les traces de l’Esprit de Dieu dans les grands événements et même dans ceux qui semblent imperceptibles »!152
Soutiens notre veille dans la nuit jusqu’aux lumières de l’aube, dans l’attente du jour nouveau. Accorde-nous d’être des prophètes qui disent au monde la joie de l’Evangile, le bonheur de ceux qui scrutent les horizons des terres et des cieux nouveaux (cf Ap 21, 1) et en anticipent la présence dans la cité humaine.
Aide-nous à confesser la fécondité de l’Esprit dans le signe de l’essentiel et du petit. Donne-nous d’accomplir l’action courageuse de l’humble vers qui Dieu tourne son regard et auquel sont révélés les secrets du Royaume ici et maintenant (cf Mt 11, 25-26). AMEN
Du Vatican, 8 septembre 2014
Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie
João Braz Card. de Aviz
Préfet






José Rogriguez Carballo, O.F.M.
Archevêque Secrétaire 36

Index
Chers frères et soeurs
 En un exode obéissant

 A L’ECOUTE
 COMME GUIDES PAR LA NUEE
 SOUVENIR VIVANT DE L’EXODE
 JOIES ET FATIGUES DU CHEMIN

 En une veille vigilante

 A L’ECOUTE

 LA PROPHETIE D’UNE VIE CONFORME A L’EVANGILE

Evangile règle suprême
Formation : Evangile et culture
 LA PROPHETIE DE LA VEILLE

Unis pour scruter l’horizon
Un guide ‘’derrière le peuple’’
La mystique de la rencontre
 LA PROPHETIE DE LA MEDIATION

Aux carrefours du monde
Dans le signe du petit
Ensemble, dans une attitude orante
 Pour la réflexion

- Les provocations du Pape François
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- Salut, Mère de l’Alliance nouvelle

N O T E S
- 1 François, Es. Ap. La joie de l’Evangile (24 novembre 2013), 20-24.)
- 2 Ivi, 9
- 3 GIOVANNI PAOLO II, Es. Ap. post-sinodale Vita consecrata, (25 marzo 1996), 84.
- 4 CONCILIO ECUMENICO VATICANO II, Costituzione dogmatica sulla Chiesa Lumen gentium, 44.
- 5 FRANCESCO, Lo Spirito non si addomestica, Meditazione mattutina nella cappella della Domus Sanctae Marthae, Roma (16 aprile 2013).
- 6 Le terme 'ānān se trouve 87 fois dans l’Ancien Testament, dont 20 dans l’Exode et 20 autres dans les Nombres. Une seule fois apparaît l'expression "colonne de feu et de nuée (Ex 14,24); de ce fait on dit "colonne de nuée" ou bien "colonne de feu". Toutes les deux expressions décrivent la manifestation de la présence.
- 7 Jean XXIII, Discours d’ouverture du Concile - Gaudet Mater Ecclesia, Rome (11 octobre 1962).
- 8 Ivi, 4.6.
- 9 Jean Paul II, Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, (6 janvier 2001), 57.
- 10 FRANÇOIS, L'Esprit ne se domestique pas, Méditation matinale à la Maison Sainte Marthe, Rome (16 avril 2013).
- 11 Cf. JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 40.
- 12 Cf. BENOÎT XVI, Audience, Rome (23 janvier 2013
- 13 FRANÇOIS, Audience aux participants à la rencontre de la Conf. Italienne des Inst. Séculiers, Rome (10 mai 2014).
- 14 Cf. PAUL VI, Allocution à l’occasion de la dernière session publique du Concile OEcuménique Vatican II, Rom, (7 décembre 1965).
- 15 CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise
- 16 Cf. ivi, 9.
- 17 Ibidem.
- 18 Cf. ivi, 43-47.
- 19 Cf. ivi, chapitre V.
- 20 Cf ivi, 43.
- 21 Cf. ivi, 44.
- 22 CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le renouvellement de la vie religieuse Perfectae caritatis, 2 a.
- 23 Cf. ivi, 8.
- 24 Ivi, 10.
- 25 Cf. ivi, 11.
- 26 Code de Droit Canonique, promulgué par Jean Paul II (25 janvier 1983), canons 604 et 603.
- 27 Cf. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le renouvellement de la vie religieuse Perfectae caritatis, 12-14.
- 28 Cf. ivi, 15.
- 29 Ivi, 18. 30 Jean XXIII, Cost. Ap. Humanae salutis de l’ouverture du SS. Concile OEcuménique Vatican II,(25-12-1961), 4.
- 31 Jean XXIII, Let. Enc. Pacem in terris sur la paix entre tous les peuples, (11 avril 1963), 24-25.
- 32 Cf. Ivi, 45-46.
- 33 Cf. Ivi, 67.
- 34 Cf. Ivi, 75.
- 35 Cf. Jan Paul II II, Lettre aux religieux et religieuses d’Amérique Latine à l’occasion du Vème centenaire de l’évangélisation du Nouveau Monde – Les chemins de l’Evangile (29 juin 1990), 19, 21; IDEM, Ex. Apostolique post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 82, 86, 89-90.
- 36 Le premier usage officiel du lexique "prophétique" par le magistère, se trouve dans le document : SACRE CONGREGATION POUR LES RELIGIEUX ET LES INSTITUTS SECULIERS, Religieux et promotion humaine (en latin: Optiones evangelicae) (12 août 1980), introduction, et n°. 2, 4, 24, 27, 33. Dans Vita consecrata, outre les deux paragraphes spécifiques (84-85), la terminologie revient une trentaine de fois, une centaine si l’on compte les expressions analogues.
38


- 37 Cf. SACRE CONGREGATION POUR LES RELIGIEUX ET LES INSTITUTS SECULIERS - SACRE CONGREGATION POUR LES EVEQUES Critères de direction sur les rapports entre les Evêques et les Religieux, dans l’Eglise ; Mutuae Relationes, (14 mai 1978), 12.19.51.
- 38 Cf. par exemple : CONCILE OECUMENICO VATICAN II, Décret sur le renouveau de la vie religieuse Perfectae caritatis, 1, 2, 7, 8, 14, 15; CONCILE OECUMENICO VATICANO, Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes, 23.
- 39 PAUL VI, Es. Ap. Evangelica testificatio, (29 juin 1971), 11,12, 32.
- 40 PAUL VI, Es. Ap. Evangelica testificatio, (29 juin 1971), 11.
- 43 PAUL VI, Allocution à l’occasion de la dernière session publique du Concile Oecuménique Vatican II, Rome (7 décembre 1965). 18
- 44 CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’ Eglise Lumen gentium, 44. 45 JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 84.
- 46 Ibidem.
- 47 Cf. FRANÇOIS, E. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 86.
- 48 En hébreu: qôl demamáh daqqáh, la traduction n’est pas facile ni unanime, à cause des sens multiples de chaque mot. Qôl: signifie voix, son, vent, bruissement, murmure, brise, chuchotement ; demamáh: signifie silence, vide de la mort, suspension, sans souffle; daqqáh: signifie léger, ténue, fin, subtile, tranquille. I Settanta se traduit en grec : phonè aúras leptês; Girolamo en latin: sìbilus aurae tenuis.
- 49 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 84.
- 50 Cf. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le renouveau de la vie religieuse, Perfectae caritatis,5; Constitution dogmatique sur la divine révélation Dei Verbum, 21,25
- 51 JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996), 84; JEAN PAUL II, Lettre Ap. Novo millennio ineunte (6 janvier 2001), II. "Un visage à contempler" (16-28); III. "Ripartire da Cristo" (29-41); Benoît XVI, Lettre Enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 12-18; CIVCSVA, Iinstruction : Repartir du Christ. Un engagement renouvelé de la vie consacrée dans le 3ème millénaire (19 mai 2002).
- 52 Cf. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, CONSTITUTION DOGMATIQUE SUR LA Divine Révélation - Dei Verbum, 21.
- 53 JEAN PAUL II Let. Ap. Novo millennio ineunte (6 janvier2001) 39.
- 54 CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le renouveau de la vie religieuse Perfectae caritatis,1.
- 55 Ivi, 2.
- 57 BASILE, Moralia (PG, 31,692-869); IDEM, Regulae fusius tractatae (PG, 31,889-1052).
- 58 IDEM, In Regulas Brevius tractatae (PG, 31,1052-1305).
- 59 BENOÎT, Règle, Prologue 9.
- 60 BENOÎT, Règle, Prologue 1.
- 61 Règles monastiques d’Occident, Magnano 1989, p. 216-217.
- 62 Libellus 104, in P. LIPPINI, St Dominique vu par ses contemporains , Editions etude dominicaine, Bologne 1982, p. 110.
- 63 Prmières Constitutions ou “Consuetudines”, 31. Pour cela : Aussi que ce soit par lettre ou verbalement il exhortait les frères de l’Ordre à étudier continuellement le Nouveau et l’Ancien Testament. (…) Il portait toujours sur lui l’Evangile de Mathieu et les Epitres de Paul. Il les étudiait tant qu’il les savait presque par coeur » (Déposition du Frère Jean d’Espagne, dans « Dominique de Gusmán. Le charisme de la pr&dication, introduction du Père Lippini, Bologne 1993, p. 143).
- 64 Règle sans cachet – Titre : FF 2,2.
- 65 Règle I, 1-2: FF 2750.
- 66 Règle du Carmel, cc. 10 e 19: cf. B. SECONDIN, Une fraternité priante et prophétique dans un monde qui change.- Relire la Règle du Carmel, aujourd’huii, Perugia 2007, pp. 8 e 11.
- 67 G. ALBERIONE, «Abundantes divitiae gratiae suae». Histoire charismatique de la Famille Paulinienne, Roma 1977, n. 93.
- 68 PETITE SOEUR MAGDELEINE, Le patron de l’impossible, Casale Monferrato 1994, p. 201.
- 70 Cf. JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 85.
- 71 Dans cet objectif, il peut être utile de lire aussi et d’assimiler le Catéchisme de l’Eglise Catholique, qui présente une synthèse systématique et organique, d’où émerge la richesse de l’enseignement que l’Eglise a accueilli, gardé et offert. «De l’Ecriture Sainte aux Pères de l’Eglise, des Maîtres de
39


théologie aux Saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente de tant de manières dont l’Eglise a médité sur la foi et fait progresser la doctrine pour donner assurance aux croyants dans leur vie de foi » motu proprio Porta fidei par lequel s’est ouvert l’Année de la Foi, (11 octobre 2011), 11
- 72 JEAN PAUL II, Es. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 marS 1996), 98.
- 73 Cf. ivi, 71.
- 74 FRANÇOIS, Discours aux adhérents du Mouvement apostolique des Aveugles (Mac) et de la Petite Mission pour les sourds-muets, Roma (29 marzo 2014).
- 75 Cf. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur la Divine Révélation Dei Verbum, 25; JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 94; BENOIT XVI, Ex. Ap. post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), 86.
- 76 Cf. BENOIT XVI, Ex. Ap. post-synodale Verbum Domini, (30 septembre 2010), 27.
- 77 CONGREGATION POUR LES INSTITUTI DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, Instruction Repartirdu Christ. Un engagement renouvelé de la vie consacrée dans le 3e Millénaire, (19 mai 2002), 22.
- 79 PAUL VI, Message aux Pères conciliaires à la clôture du Concile Vatican II, Rome (8 décembre 1965).
- 80 FRANÇOIS, Homélie pour la fête de la Présentation du Seigneur – XVIIIe Journée Mondiale de la vie Consacrée, Rome (2 février 2014).
- 81 FRANÇOIS, Homélie pour la Veillée de la Nuit Sainte, Rome (30 mars 2013): «Nous sommes apeurés face aux surprises de Dieu ! Lui nous surprend toujours ! Frères et soeurs, ne nous fermons à la nouveauté que Dieu veut mettre en notre vie ».
- 82 A. SPADARO, "Réveillez le monde!". Entretien du Pape François avec les Supérieurs généraux, dans: La Civiltà Cattolica, 165 (2014/I), 7.
- 83 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 83..
- 84 BENOIT XVI, Homélie pourla fête de la Présentation du Seigneur - XVIIe Journée Mondiale de la vie consacrée, Rome (2 février 2013).
- 85 CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, INSTRUCTION / Le service de l’autorité et l’obéissance. Faciem tuam, Domine, requiram, (11 mai 2008), 11.
- 86 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 235.
- 87 Cf. FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 47.
- 88 Cf. FRANCESCO, Es. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 25.
- 89 CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, Instruction : Le service de l’autorité et l’obéissance. Faciem tuam, Domine, requiram, (11 mai 2008), 28.
- 90 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 25.
- 91 Ivi, 31.
- 92 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 108.
- 93 Traduction plus littérale : brise légère ( 1R 19,12).
- 94 CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, Instruction :Le service de l’autorité et l’obéissance, Faciem tuam, Domine, requiram, (11 mai 2008), 7.
- 95 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 280.
- 96 FRANÇOIS, Discours aux Prélats de la Conférence Episcopale du Mexique, en visite AD LIMINA apostolique – Rome (19 mai 2014)
- 97 FRANÇOIS, Discours aux Recteurs, aux élèves et aux Invités du Collège Pontifical – Rome (12 mai 2014.
- 98 FRANÇOIS, Audience aux participants de la rencontre organisée par la Conférence Italienne des Instituts Séculiers, Rome (10 mai 2014).
- 99 JEAN PAUL II Let. Enc. Redemptor hominis, (4 mars 1979),14.
- 100 PAUL VI, Allocution à l’occasion de la dernière session publique du Concile Vatican II Vatican II, Roma ( 7 décembre 1965).
- 101 CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE, Religieux et promotion humaine, Rome (12 août 1980). 35
- 102 Cf. FRANÇOIS, Homélie à la Messe avec les Cardinaux , Rome (14 mars 2013).
- 103 Cf. JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996), 45.
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- 104 GUGLIELMO DI SAINT-THIERRY, De Natura et dignitate amoris, 9, 26.
- 105 IRENEE DE LYON, Contre l’hérésie III, 24, I.
- 106, JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 marzo 1996), 42; cf. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le renouveau de la vie religieuse, Perfectae caritatis,15.
- 107 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 113, 100
- 108 Ivi, 235; cf. 131.
- 109 Ivi, 142.
- 110 PAUL VI, Lett. Enc. Ecclesiam Suam, (6 agosto 1964), 90; cf. FRANÇOIS, Audience aux participants à la rencontre organisée par la Conférence Italienne des Instituts séculiers, Rome (10 mai 2014).
- 111 Cf. XIII ASSEMBLEE GENERALE ORDINAIRE DU SYNODE DES EVEQUES, Message au peuple de Dieu, 7-28 octobre 2012, n. 7.
- 112 FRANÇOIS, Discours aux participants du Chapitre général de la Société Salésienne de Saint Jean Bosco (Salésiens), Rome (31 mars 2014).
- 113 CONCILE OECUMENIQUE VATICAN, Décret sur le renouveau de la vie consacrée Perfectae caritatis, 3.
- 114 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 115 BENOIT XVI, Let. Enc. Caritas in veritate, (29 juin 2009), 6.
- 116 Ivi, 9.
- 117 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 87.
- 118 BENOIT XVI, Homélie à la Messe d’inauguration de la 5e Conférence Générale de l’Episcopat Latino-américain et des Caraïbes au Sanctuaire “La Aparecida”, Brésil (13 mai 2007).
- 119 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 27.
- 120 BENOIT XVI, Message 12e Symposium interchrétiens (Salonique, 29/8-2/9 2011): L'Osservatore Romano (3/9/2011), 8.
- 121 JEAN PAUL II, Ex. Ap. post-synodale Vita consecrata, (25 mars 1996),
- 122 Cf. FRANÇOIS, Audience aux participants de la rencontre organisée par la Conférence Italienne des Instituts Séculiers, Rome (10 mai 2014).
- 123 Ibidem.
- 124 A. SPADARO, "Svegliate il mondo". Colloque du Pape François avec les Supérieurs généraux - La Civiltà Cattolica, 165 (2014/I), 8.
- 125 Ibidem.
- 126 FRANCESCO, Es. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 278.
- 127 FRANCESCO, Es. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 71.
- 128 Ivi, 74.
- 129 Cf. ivi, 207.
- 130 BENOIT XVI, Homélie pour la fête de la Présentation du Seigneur - XVII Journée Mondiale de la vie consacrée, Rome, 2 février 2013
- 131 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 4.
- 132 Ibidem.
- 133 JEAN XXIII, Décalogue de la sérénité, in Le Journal de l’âme, LEV, Città del Vaticano 2014, 217.
- 134 FRANÇOIS, Ex. Ap. Evangelii gaudium, (24 novembre 2013), 280.
- 135 FRANÇOIS, Discours aux Curé de Rome, Roma (6 mars 2014).
- 136 FRANÇOIS, Méditations matinales à la chapelle de la Maison Sainte Marthe Rome (13 juin 2014).
- 137 FRANÇOIS, Méditations matinales à la chapelle de la Maison Sainte Marthe Rome (29 avril 2014).
- 138 FRANÇOIS, Méditations matinales à la chapelle de la Maison Sainte Marthe Rome (15 mai 2014)
- 139 FRANÇOIS, Méditations matinales à la chapelle de la Maison Sainte Marthe Rome (31 mars 2014).
- 140 FRANÇOIS, Audience aux participants de la rencontre organisée par la Conférence Italienne des Instituts séculiers (31 mars 2014).
- 141 A. SPADARO, Entrevue du Pape François ,in La Civiltà Cattolica 164 (2013/III), 449-477.
- 142 FRANÇOIS Discours aux Recteurs, aux élèves du Collège Pontifical et Invités , Rome (12 mai 2014).
- 143 FRANÇOIS - Discours aux participants au Chapitre général de la Société Salésienne de Saint Jean Bosco (Salésien), Rome (31 mars 2014).

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